Publié le 10 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

Arabie Saoudite : une baisse des émissions de CO2 conditionnée au maintien de ses revenus pétroliers

Le premier producteur pétrolier vient de dévoiler sa contribution climatique à quelques semaines de la COP21. Une contribution tardive et pour le moins opaque puisque l’Arabie Saoudite soumet ses réductions d’émissions de CO2 au maintien de ses revenus pétroliers. Le royaume demande ainsi à ce que les conséquences économiques et sociales des politiques de lutte contre le changement climatique ne constituent pas pour lui un fardeau disproportionné. Explications.

Un puits de pétrole à Al Khobar en Arabie Saoudite.
Michael Engler Bilderberg AFP

Hors des clous. La contribution climatique de l’Arabie Saoudite l’est à plusieurs titres. D’abord, même si elle était très attendue, elle est publiée plus d’un mois après la date butoir fixée par la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Par ailleurs, la contribution surprend dans sa forme puisque l’Arabie Saoudite présente deux scénarios opposés. Leur principale différence : l’allocation du pétrole produit sur le territoire, soit à l’exportation, soit au marché intérieur.  

Dans le premier, le royaume promet une baisse significative de ses émissions de CO2 de 130 millions de tonnes équivalents CO2 par an d’ici 2030, si ses revenus pétroliers, liés à l’exportation, ne sont pas altérés par les politiques climatiques prises au niveau international.

Le second est un scénario "business as usual" dans lequel le royaume se dit obligé de continuer sur la même trajectoire. Vivant principalement de sa rente de pétrole, le pays s'estime contraint de brûler ses réserves en interne pour poursuivre ses objectifs de développement et son industrialisation en utilisant le "pétrole, le gaz et tous les minerais". Autrement dit, un scénario contraire à un engagement climatique concret. 

 

"Maximiser les bénéfices et minimiser les impacts négatifs"

 

L’Arabie Saoudite, qui émet 460 millions de tonnes de CO2 par an, soit 1,4 % des émissions mondiales (un chiffre en date de 2012 et fournit par l’AIE), explique ainsi qu’ "elle souhaite contribuer de façon active aux négociations de la COP21 [qui se tient à Paris du 30 novembre au 11 décembre, ndlr] en maximisant les bénéfices à long terme et en minimisant les potentiels impacts négatifs". Une phrase absconse qui résume le niveau de clarté du document publié aujourd’hui par l’Arabie Saoudite.  

Le royaume se dit en faveur du premier scénario car les revenus assurés par l’exportation de pétrole lui permettraient alors de réaliser "des investissements à haute valeur ajoutée dans les services financiers et médicaux, le tourisme, l’éducation, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique". L’Arabie Saoudite compte également explorer le filon du captage et stockage de CO2 et souhaite construire la plus grande usine de capture du carbone avec un objectif de 1 500 tonnes de CO2 capturées par jour. Le gaz naturel, la valorisation du méthane et la réduction du torchage sont également mis en avant.  

Enfin, le pays, qui se dit particulièrement vulnérable au changement climatique, ne demande pas de financements particuliers mais insiste sur l’importance des transferts technologiques pour réussir sa transition énergétique. Il précise qu’il se réserve le droit de revoir sa contribution entre 2016 et 2020, juste avant l’application du futur accord de Paris.  

Parmi les producteurs pétroliers, manquent encore à l’appel le Koweït, le Qatar, l’Iran, l’Irak, le Nigeria ou encore le Venezuela qui n'ont toujours pas rendu leur contribution climatique.  

Concepcion Alvarez
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