Publié le 16 novembre 2015

EMPREINTE TERRE

8€ : le prix de la tonne de carbone sur le marché européen

A l’heure où de plus en plus d’acteurs économiques, politiques et financiers appellent à la fixation d’un prix du carbone pour lutter contre le changement climatique, l’un des instruments pionniers permettant d’en établir un en Europe, le marché carbone européen, est en panne. Mais les autorités européennes affichent leur volonté de le relancer alors que d’autres marchés carbone commencent à fleurir un peu partout dans le monde.

Les cimenteries, comme celle d'Holcim, dans la province d'Almeria, en Espagne, sont intégrées dans le marché carbone européen.
iStock

8€ : C’est aujourd’hui le prix autour duquel tourne aujourd'hui la tonne de carbone sur le marché carbone européen. Un prix bien en deçà des attentes et surtout de la valeur qui permettrait aux entreprises concernées d’orienter leurs investissements vers des technologies bas carbone.

Pourtant, malgré les critiques et les pressions de certaines industries fortement émettrices qui craignent les délocalisations dans le cas d’un prix trop élevé ("fuites carbone"), les autorités européennes n’entendent pas laisser tomber cet instrument phare de leur politique de lutte contre le changement climatique. Le marché carbone est donc actuellement en pleine réforme, même si celle-ci ne sera effective qu’en 2019. Selon Thomson Reuters, celle-ci pourrait permettre de faire remonter le prix de la tonne de CO2 aux alentours de 16€ en 2020 puis vers 30€ en 2030.

 

11 500 installations concernées

 

Mis en place en 2005, dans le cadre du Protocole de Kyoto, le système d’échange des quotas de CO2 (EU ETS) autrement appelé marché carbone ou "cap and trade", concerne plus de 11500 installations (production d’électricité, cimenteries, aciéries, papeterie) responsable d’environ 50 % des émissions de CO2 de l’Europe, dans les 28 Etats membres de l’Union mais aussi la Norvège, le Liechstenstein et l’Islande. Il est inspiré d’un outil américain développé dans les années 1990 pour contrôler les émissions de dioxyde de soufre et qui avait permis de diviser par deux ces émissions en quelques années. Mais celui-ci était de bien moins grande ampleur.

Pour atteindre son objectif -réduire de 43 % les émissions de CO2 entre 2005 et 2030- le marché carbone européen combine un dispositif d'autorisation administrative, destiné à réduire progressivement les émissions de CO2 (le "cap") et un dispositif de marché (le "trade") pour en optimiser la mise en œuvre au niveau des entreprises. Les quotas, ou autorisations d'émission, de CO2 sont répartis entre les différents Etats membres qui les répercutent sur leurs installations en leur allouant des quotas gratuits. A la fin de chaque année, les installations sont tenues de restituer un nombre de quotas équivalent à leurs émissions réelles. Elles peuvent aussi échanger des quotas sur le marché : les installations qui ont émis plus que ce que leur allocation les autorisait peuvent ainsi en acheter d’autres (principe du pollueur-payeur) aux installations qui ont au contraire émis moins que leur allocation.

 

Seuls 0 à 10 % de la baisse des émissions due au prix du carbone

 

A ses débuts, ce prix tournait aux alentours de 30 € la tonne. Un prix considéré comme minimum par les experts pour inciter les entreprises à modifier leur comportement. Il s’est très rapidement effondré à cause de mutiples facteurs :

Dès le départ, l'Europe a été tro généreuse dans l’attribution de quotas gratuits. La crise financière et économique de 2008 a amplifié le phénomène puisque e ralentissement d’activité a entraîné un surplus de quotas disponibles dans la plupart des pays de l’Union.

Cette inéfficacité du marché carbone lié a une abondance d'offres de quotas et de très faible demande a été aggravée par des problèmes de gouvernance comme des fraudes à la TVA de grande ampleur et de vols de quotas.

Cette conjonction a achever le marché. Le prix de la tonne carbone stagnait à 5 € en 2012. Depuis lors, il fluctue légèrement à la hausse. Début 2015, la tonne de CO2 pointait à 7 € et grimpait même à 8,37 € le 13 novembre.

Résultat : selon I4CE (Ec-CDC Climat), qui a analysé les facteurs de la réduction des émissions de CO2 depuis 2005 dans les installations concernées, seuls 0 à 10 % de cette baisse seraient attribuables au prix du carbone lui-même (50 % sont dus au déploiement des énergies renouvelables, 30 % à la crise économique et 10 à 20 % aux politiques d’efficacité énergétique).

 

De nouveaux marchés émergents

 

Pourtant, si l’ETS connait aujourd’hui des difficultés, son principe général n’est pas remis en cause. Des enseignements ont été tirés de son fonctionnement et des erreurs qui ont été faites. Elles servent aujourd’hui à développer de nouveaux marchés un peu partout dans le monde.

Il existe aujourd’hui des systèmes de quotas d’émissions en Californie (Etats-Unis), en Alberta et au Québec (Canada), au Kazakhstan, en Chine (7 marchés pilote dans 2 provinces et 5 villes qui seront généralisés à l’ensemble du pays en 2017), en Corée du Sud, en Suisse (qui se rapproche du marché européen) et en Nouvelle Zélande (le seul à inclure la forêt).

Aujourd’hui, 8,8 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales sont couvertes par un système de quotas. C’est deux fois plus que les émissions couvertes par des taxes carbone (4,3 %) ou par des normes (4,2 %).

Béatrice Héraud
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