Publié le 19 novembre 2012

EMPREINTE TERRE

4°C : une « cascade de cataclysmes » selon la Banque mondiale

Le rapport publié par la Banque mondiale le 19 novembre décrit l'état de la Planète à l'horizon 2060 si le réchauffement climatique atteint 4°C. Un scénario possible en l'absence d'un changement drastique de politique.

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Inondation des villes côtières, désertification accrue des régions sèches, canicules dans de nombreuses régions, accélération des catastrophes naturelles, perte irréversible de biodiversité... Les conséquences du réchauffement climatique sont désormais bien connues depuis les travaux du Giec*. Le nouveau rapport
publié par la Banque mondiale vient néanmoins rappeler, une semaine avant l'ouverture des négociations climatiques de Doha, que le scénario d'un réchauffement à 4°C est bel et bien une possibilité, malgré le seuil des 2°C à ne pas dépasser pour endiguer les impacts du changement climatique. Or, le niveau actuel des émissions mondiales de CO2 rend quasiment intenable l'engagement pris par la communauté internationale de contenir le réchauffement. Sans politique internationale volontariste, les perspectives sont des plus pessimistes, notamment pour les pays en développement. Et de manière globale, « une planète à +4°C serait si différente de celle que nous connaissons actuellement qu'elle susciterait de grandes incertitudes et que de nouveaux risques menaceraient les capacités de prévision et de planification indispensables à notre adaptation à ces nouvelles exigences », prévient le président de l'institution Jim Yong Kim.

Des catastrophes en cascades

Ce scénario touche en premier lieu les pays en développement : « sous les tropiques, la montée du niveau de la mer sera probablement de 15 à 20 % supérieure à la moyenne mondiale ; l'augmentation de l'intensité des cyclones tropicaux sera probablement ressentie de manière nettement plus aiguë dans les régions de basses latitudes » et « il faut s'attendre à une désertification et à une augmentation substantielle de la sécheresse dans de nombreuses régions en développement des zones tropicales et subtropicales », souligne le rapport. À l'échelle de la planète, le niveau de la mer a connu une augmentation moyenne de 15 à 20 centimètres au cours du XXe siècle. Sur les dix dernières années, le rythme moyen de montée du niveau de la mer s'est accéléré pour atteindre environ 3,2 cm par décennie. Un rythme qui implique une nouvelle élévation de 30 cm du niveau de la mer au cours du 21ème siècle...

Autre conséquence avérée : les superficies concernées par des épisodes de canicule ont été multipliées par dix depuis les années 50. Citant l'exemple de la Russie, le rapport rappelle qu'en 2010, le pays a connu une vague de chaleur extrême qui a eu de graves répercussions : 55 000 décès, la perte d'environ 25 % des récoltes de l'année, la destruction d'1 million d'hectares ravagés par les incendies et des pertes économiques de l'ordre de 15 milliards de dollars, soit 1 % du produit intérieur brut (PIB). Quant aux Etats-Unis, la sécheresse qui a frappé le pays 2012 a eu un impact sur environ 80 % des terres agricoles. La Banque mondiale rappelle néanmoins que les impacts économiques frappent beaucoup plus sévèrement la croissance des pays en développement et cite une récente étude du MIT selon laquelle « l'élévation des températures induit une réduction substantielle de la croissance économique dans les pays pauvres » ainsi qu'une « moins grande stabilité politique ».

« J'ai l'espoir que ce rapport nous fasse un choc tel qu'il nous pousse à agir. Même pour ceux d'entre nous qui sont déjà impliqués dans la lutte contre le changement climatique, j'espère que ce rapport les fera travailler avec un sentiment d'urgence encore plus fort », explique dans le préambule Jim Yong Kim, qui rappelle aussi que « la lutte contre le réchauffement n'est pas l'ennemie de la croissance ». « Le secteur privé doit comprendre que l'adaptation au réchauffement climatique constitue une opportunité économique», ajoute-t-il.

*Le GIEC publiera son Cinquième Rapport d'Evaluation en 2013-2014

Véronique Smée
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