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Publié le 29 janvier 2013

EMPREINTE TERRE

Vive polémique sur les OGM au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les plaidoyers en faveur des cultures génétiquement modifiées du ministre de l'environnement et de l'agriculture et d'un pionnier du mouvement anti-OGM relancent le débat sur les biotechnologies. Les Britanniques ne sont pourtant toujours pas prêts à consommer des OGM.


Début janvier, le ministre de l'environnement et de l'agriculture britannique a fait la promotion des OGM devant un parterre d'agriculteurs et d'agro-industriels. Owen Paterson a en effet affirmé lors de l'Oxford Farming Conference que les Britanniques devraient être persuadés des bénéfices des OGM et que « c'est de le devoir [du gouvernement] de rassurer le public » sur cette innovation « saine et bénéfique ». À la même tribune, un des pionniers du mouvement anti-OGM en Europe, Mark Lynas, a défendu les OGM pour nourrir le monde. Dans une volte-face, cet ancien faucheur d'OGM a demandé au lobby anti-OGM de se mettre à l'écart pour « nous laisser [agriculteurs et scientifiques] continuer à nourrir le monde de manière durable ». Cette double offensive du ministre de l'environnement et de l'agriculture et du José Bové local en faveur d'une technologie aussi décriée outre-Manche qu'en France a mis le feu aux poudres.

De nombreuses organisations ont immédiatement réagi pour montrer que les Britanniques ne veulent toujours pas manger d'OGM. La Soil Association a ressorti pour l'occasion une enquête de la British Science Association qui montre que seulement 27% des consommateurs sont favorables à l'encouragement d'une alimentation GM en 2012, contre 46% en 2006. Le Guardian a également lancé mi-janvier un sondage sur son site sur la confiance de ses lecteurs dans cette technologie : 72 % ont répondu ne pas avoir confiance.

GeneWatch UK dénonce la collusion entre des parlementaires et l'industrie des OGM

GeneWatch UK va plus loin. L'ONG dénonce le lobby pro-OGM du groupe parlementaire All-Party, qui serait financé par l'Agricultural Biotechnology Council. Ce groupe représente les principales compagnies de semences GM au Royaume-Uni, comme Monsanto, Syngenta ou Bayer. GeneWatch UK avait déjà épinglé une rencontre entre les ministres et les industriels en juin 2012 pour accélérer la promotion des OGM dans le pays. « Il est clair que les ministres ont passé un marché avec les industries des biotechnologies pour promouvoir les semences OGM au Royaume-Uni », dénonce Helen Wallace, directrice de cette organisation de veille sur les OGM.

Lors de cette même conférence agricole, des représentants professionnels ont également appelé les agriculteurs à défendre les cultures génétiquement modifiées. Peter Kendall, président du National Farmers' Union, le principal syndicat agricole du pays, estime que « la majorité de nos membres est consciente du risque de devenir globalement non compétitif en n'utilisant pas les OGM ». Autre argument, les OGM permettrait d'adapter l'agriculture aux changements climatiques. En s'appuyant sur les mauvaises récoltes enregistrées cette année à cause d'une sécheresse extrême suivie de très fortes pluies, ces agriculteurs défendent une technologie capable de leur offrir des plantes résistantes à ces aléas du climat.

Pas adaptés à des évènements extrêmes et imprédictibles

Mais les opposants aux OGM ne sont pas en reste de contre-arguments. D'abord, parce qu'aujourd'hui, de tels OGM n'existent pas. La Soil Association défend, au contraire, que l'adaptation à des évènements extrêmes et imprédictibles sera permise par des systèmes agro-écologiques diversifiés et non pas par des OGM justement programmés pour des fonctions précises et restreintes. Quant aux opportunités mondiales des OGM, le Royaume-Uni pourrait aller à rebours de la tendance générale, selon un article du Guardian: le Kenya vient d'interdire l'importation et la vente d'OGM, l'Inde a établi un moratoire sur l'alimentation GM, la Chine reste également très prudente sur le sujet.

Les distributeurs, eux, restent circonspects. Interrogés par le Guardian, le directeur alimentaire du British Retail Consortium, déclare que « sauf changement dans la demande des consommateurs, [ce mouvement pro-OGM] n'a pas d'implication autre que d'assurer qu'il y ait assez de produits sans OGM. »

Cette prudence correspond aussi à une récente étude de la Food Standards Agency, l'agence alimentaire britannique. Les résultats publiés en début d'année montrent que les deux tiers des Britanniques souhaitent être informés si les produits animaux qu'ils consomment viennent d'animaux nourris avec des OGM. Un revers pour le ministre de l'agriculture qui avait justement balayé les critiques des anti-OGM au prétexte qu'il n'existait « pas un seul morceau de viande servit à Londres qui ne vienne d'un bœuf nourrit aux OGM ». Aujourd'hui, le Royaume-Uni suit la règlementation européenne en matière d'étiquetage des produits OGM. Le pays n'a, en revanche, pas mis en place de cadre pour indiquer des produits sans-OGM.

Magali Reinert
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