Publié le 05 janvier 2006

EMPREINTE TERRE

Un programme international pour une alimentation durable

Depuis juin 2004, des représentants politiques, des responsables d'entreprises du secteur agroalimentaire et des acteurs d'organisations sociales et d'ONG, issus d'Europe, des Etats-Unis et du Brésil, se rencontrent dans le cadre du programme Sustainable Food Laboratory. Leur objectif : rendre les systèmes alimentaires actuels plus durables qu'il s'agisse d'agriculture soutenable en Amérique Latine, de pêche et aquaculture responsable ou encore de restauration collective biologique et locale...

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"Si la transformation des systèmes alimentaires a incontestablement résolu des problèmes millénaires d'accès à l'alimentation et à la santé pour une partie de la population mondiale, (...) les systèmes alimentaires actuels sont aussi porteurs de problèmes nouveaux de grande ampleur : obésité, malnutrition, pollutions écologiques, perte de biodiversité, destruction des ressources naturelles non renouvelables, destructions des communautés rurales et maritimes. " Ce constat est dressé par Pierre Vuarin, responsable de programmes à la fondation Charles Léopold Mayer. Il est à l'origine du Sustainable food laboratory (laboratoire pour une alimentation durable), une initiative ambitieuse et originale, menée sur un plan international depuis juin 2004. Ce "chantier de transformation multi-acteurs", réunit des responsables appartenant à trois secteurs clés aux Etats-Unis, au Brésil et en Europe : le monde gouvernemental et politique, le secteur des grandes entreprises agro-alimentaires et celui des organisations sociales (paysans, pêcheurs, etc.) ainsi que des ONG.
A ce jour, près d'une soixantaine de personnes se sont engagées à participer. Des représentants de la Commission européenne, du ministère de l'agriculture des Pays-Bas, du parlement canadien ou de la banque mondiale côtoient des responsables de Carrefour, de Cisco, de Heinz, d'Unilever, de Rabo Bank et des membres du Forum mondial de l'agriculture, d'Alliance Rainforest, du WWF, ou encore d'Oxfam.

Six projets pilotes

Deux organisations américaines sont à l'origine du projet : Sustainability Institute qui regroupe des biologistes, des écrivains et des sociologues travaillant sur les enjeux du développement durable, et Generon, un cabinet de conseil, qui a mis au point une méthode de résolution des problèmes complexes, baptisée le U-Process. Il mêle dialogue, confrontation des regards à la réalité, réflexion individuelle, évaluation de la motivation et participation collective du groupe à la définition des projets. Grâce à ce processus, six projets pilotes ont été choisis par l'équipe internationale, chacun connaissant des avancées diverses.
La liste est la suivante :

- Agriculture : Accès des petits paysans d'Amérique latine (Brésil, Guatemala et République Dominicaine) développant des pratiques d'agriculture durable à des marchés régionaux et internationaux.

- Pêche et aquaculture durable. La France est plus particulièrement engagée sur ce projet, via la Fondation Charles Léopold Mayer et Carrefour entre autres. Divers chantiers sont explorés, comme l'essaimage de l'initiative de Carrefour en matière de pêche responsable en Islande (voir article lié). Rabobank, banque hollandaise, discute avec les pêcheurs islandais pour financer le rachat des quotas de pêche industrielle au profit d'une pêche artisanale.
En Chine, premier pays producteur de poisson, un atelier de "visites" a permis de sensibiliser les membres du programme et des acteurs chinois, à la nécessité de limiter l'élevage industriel d'espèces non végétariennes, car la demande en farine de poisson représente une menace pour les réserves halieutiques.

- Commerce : Etablissement de "méta-standards" concernant un commerce international plus durable des produits agricoles de base (sucre, café...)

- Restauration collective. L'objectif serait ici, essentiellement pour le groupe européen, de faire évoluer les pratiques dans les écoles et les hôpitaux (aliments biologiques, produits issus de la pêche responsable, des productions plus locales). Des mairies (Paris, Venise, Padoue, Londres...), des entreprises de restauration ou encore des associations de parents d'élèves et des représentants de la filière bio s'efforcent de faire avancer les choses.

- Coalition d'entreprises pour une alimentation plus durable. Un groupe de grandes entreprises agro-alimentaires s'est constitué pour identifier des pratiques existantes intégrant un ensemble de préoccupations telles que le revenu des paysans, l'impact sur les communautés agricoles ou maritimes, l'usage de la terre, le conditionnement et le transport des produits...

- Sensibilisation. Le "framing" consiste à mieux construire les messages à destination des acheteurs, des investisseurs et des consommateurs pour les inciter à choisir des filières, des produits ou des démarches plus durables.

Le Sustainable food laboratory (SFL) est une initiative expérimentale unique en son genre, où des acteurs de milieux culturels et sociaux-professionnels différents échangent, pensent et agissent ensemble. Une expérience déroutante mais enrichissante, à entendre le témoignage de Gilles Gaebel, en charge de la démarche filière chez Carrefour, et impliqué dans le SFL : " Le U-Process est déroutant, car la méthode donne une grande place à l'individu, là ou nous sommes plutôt issu d'une culture réseau. Ici c'est la motivation et le degré d'implication de chacun qui est important. L'aspect très positif est de réussir, malgré la diversité des personnes et des intérêts en présence, à sortir une vision commune. " La clé de la réussite : la confrontation à la réalité du terrain et aux visions différentes de chacun a permis à de nombreuses personnes d'élargir leur perception des problèmes. Premiers bilans à l'été 2006.

Sylvie Touboul
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