Publié le 20 octobre 2003

EMPREINTE TERRE

Monsanto se retire du marché européen de certaines céréales

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La chute de Monsanto

De 1996 à 1999, la surface cultivée en plantes transgéniques a augmenté de façon exponentielle, passant de 1, 7 million à 40 millions d'hectares en 3 ans. Monsanto dominait alors ce marché, avec l'assentiment des autorités américaines, le ministre du Commerce du gouvernement Clinton, Mickey Kantor, siégeant lui-même au conseil d'administration du groupe. Mais cette ascension rapide s'est ensuite considérablement ralentie, de plus en plus de pays refusant la commercialisation des OGM. " Les firmes qui ont promu les OGM ont connu l'infortune ", écrit à ce propos Hervé Kempf dans son ouvrage intitulé " La guerre secrète des OGM ". Selon l'auteur, " Monsanto est devenue une firme assez moyenne, qui lutte pour sa survie". L'activité agricole du groupe a connu une activité 2002 désastreuse, enregistrant une perte de 1,69 milliards de dollars pour un chiffre d'affaires de 4,67 milliards de dollars.

Dans un communiqué paru mercredi 15 octobre, le groupe Monsanto annonce la fermeture de son quartier général des céréales pour l'Europe, implanté à Cambridge (Grande -Bretagne)."En plus du site de Cambridge, sont également affectées les stations de reproduction basées en France, en Allemagne et en République tchèque", annonce la multinationale en précisant que cette décision "résulte d'une décision stratégique de la direction (...) de réajuster l'activité afin de la concentrer sur (des) projets qui auront la meilleure capitalisation sur son marché et ses forces technologiques". Tout en démentant que sa décision soit liée au moratoire de l'Union européenne sur les cultures transgéniques, le groupe indique " que la croissance attendue de l'introduction de semences de blé hybrides, l'une des principales raisons de l'achat de cette activité en 1998, ne s'était pas concrétisée". Par ailleurs, Monsanto a annoncé le licenciement d'un employé sur 11 dans le monde, selon le quotidien londonien The Daily Telegraph. Le groupe cherche actuellement un acquéreur pour son activité de semences de céréales en Europe.

Revers pour les firmes semancières
Ce retrait du groupe intervient alors que le gouvernement britannique publie les résultats d'une étude qui a duré 3 ans sur les cultures transgéniques en plein champs de colza, de betterave à sucre et de maïs. Lancés sur une soixantaine de sites en Grande-Bretagne, l'objectif de ces tests était d'évaluer l'impact des OGM sur la faune et la flore, afin d'alimenter la réflexion du gouvernement qui devrait décider, fin 2003 ou début 2004, d'autoriser ou non les cultures d'OGM. Les résultats de ce rapport constituent un véritable revers pour les firmes semencières. En effet, il révèle qu'une partie de ces cultures expérimentales étaient plus mauvaises pour l'environnement que les cultures traditionnelles. Les conséquences néfastes des OGM pour les plantes et les insectes justifient, selon les auteurs, que ces semences ne soient pas commercialisés. Ces conclusions ont été largement approuvées et relayées par les organisations écologistes, confirmant en outre la méfiance, - voire le rejet- des citoyens britanniques à l'égard des OGM, consultés lors d'un vaste débat national sur cette question. La position britannique converge ainsi avec celle du commissaire européen Margot Wallström qui , dans un entretien accordé à la presse britannique, accuse les groupes semenciers de mentir sur les prétendus avantages des récoltes d'organismes génétiquement modifiés. Margot Wallström leur reproche en effet de prétendre résoudre la faim dans le monde , alors qu' " ils cherchent en réalité à rendre les agriculteurs dépendants de leurs semences et à ne servir que les intérêts capitalistique de leurs actionnaires ".
Rappelons que le Parlement européen a adopté en juillet 2003 une directive approuvant la vente d'aliments contenant des OGM dans 5 ans, à condition que ceux qui contiennent 0,9% d'OGM et plus soient clairement étiquetés. Le projet de directive de la Commission autorise par ailleurs la présence "accidentelle ou techniquement inévitable" d'OGM dans les semences utilisées par les agriculteurs européens avec des seuils de 0,3% pour le colza, 0,5% pour le maïs, la betterave, la tomate et la pomme de terre et 0,7% pour le soja. Ce moratoire de 5 ans a fait l'objet d'une plainte déposée par les Etats-Unis devant l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) en juin 2003. Accusant l'Europe de protectionnisme vis à vis des OGM, ils estiment être privés d'un marché potentiel de 300 millions de dollars, ce qui constitue un nouveau revers pour les firmes agro-alimentaires américaines. Fin 2002, le Japon avait déjà annoncé l'arrêt des recherches débutées en 1996 en coopération avec le groupe Monsanto sur le riz, en précisant que la commercialisation de ce riz n'aurait pas lieu du fait de l'opposition d'une majorité de consommateurs. En mai 2003, l'Australie a annoncé à son tour qu'elle ne cultiverait pas de canola (plante dont elle est le 1er exportateur) génétiquement modifié, pour au moins encore un an . Un échec cuisant pour Monsanto et Bayer, qui avaient fait pression sur les autorités pour obtenir l'autorisation du canola génétiquement modifié.

Véronique Smée
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