Publié le 20 février 2014

EMPREINTE TERRE

Le bio à la dérive en Allemagne

En Allemagne le secteur bio doit faire face à une situation paradoxale : la demande des consommateurs allemands pour les produits biologiques atteint des records, et pourtant, les producteurs nationaux sont bien en peine d'y répondre. Pour y remédier, le secteur recours à l'importation massive de produits bios qui sont ensuite distribués par les discounters. Une situation contraire à l'idéal des pionniers du bio.

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dpa

« Pour les pionniers du bio, la recherche du bénéfice n'était pas le but recherché. Ils étaient à la recherche d'une autre agriculture, aux dimensions locales et régionales, parce qu'ils se préoccupaient de la qualité des sols », rapporte Felix Prinz zu Löwenstein, directeur du Bölw, l'organisme allemand représentant les intérêts du secteur bio. Force est de constater qu'en Allemagne, l'idéal est passé à la trappe. Dans le bio, une carotte sur deux provient des Pays-Bas, d'Israël ou d'Italie. Un concombre sur deux est importé. De même que huit citrons sur dix. Pour un consommateur allemand, il n'est pas surprenant de voir les pommes de terre bio venir d'Egypte. La viande porcine bio et les œufs bios proviennent à 20% de l'extérieur. Par ailleurs, les discounters ont envahi le marché et sont devenus les principaux distributeurs de produits bios, au grand dam du commerce de détail bio traditionnel.

« Les distributeurs conventionnels sont devenus le moteur du secteur », constate, un brin amer, Axel Hilckmann, volailler de Bavière et représentant pour son Land de la marque allemande Bioland. « Bien sûr, nous préférerions largement que nos produits soient distribués au sein de notre propre branche, mais nous sommes bien obligés de constater que les clients s'approvisionnent principalement chez les discounters lorsqu'ils achètent du bio ». Et jamais la demande pour ces produits n'a été aussi haute en Allemagne : selon les chiffres de la Bölw, la demande en 2012 a connu une hausse de 6% pour atteindre les 7 milliards d'euros de chiffre d'affaire. La part du bio dans le marché de l'alimentaire nationale représente 3,9%. A l'exception du fromage, des boissons non-alcoolisées et des pommes de terre, tous les produits ont enregistré une hausse.

Culture de maïs pour le biogaz contre production de bio ?

Cette envolée du bio devrait logiquement profiter aux producteurs nationaux. Logiquement seulement car il n'en est rien, bien au contraire. La croissance des surfaces agricoles en bio stagne: seulement 2,7% pour l'année 2012, soit 1 043 528 hectares. Parallèlement, le nombre d'exploitations bios a enregistré une hausse quasi similaire pour atteindre les 23 096 exploitations (chiffres du Bölw). Face à cette quasi-stagnation, il n'est guère surprenant de constater que les producteurs nationaux ne peuvent satisfaire la demande. Une situation pour le moins paradoxale. Comment en est-on arrivé là ? « C'est un effet pervers de la loi EEG, qui finance la transition énergétique », explique Axel Hilckmann. « Les agriculteurs optent pour la culture expansive du maïs qui alimente les centrales à biogaz. Grâce aux primes touchés par la vente du maïs cultivé à des fins purement énergétiques, les agriculteurs obtiennent des bénéfices plus intéressants que s'ils se lancent dans l'agriculture bio ». La concurrence du maïs sur l'espace agricole diminue non seulement la superficie disponible mais rend le terrain trop cher, explique encore Axel Hilckmann, et ce, d'autant plus que les agriculteurs bio obtiennent des rendements moins élevés que les agriculteurs conventionnels et donc ne permettent pas d'amortir la cherté du terrain.

Le nouveau ministre de l'Economie et de l'Energie, le social-démocrate Sigmar Gabriel (SPD), reconnait le problème et entend réduire les subventions pour les nouvelles centrales à biogaz. Or, les deux Länder du sud de l'Allemagne, la Bavière et le Baden-Wurtemberg, qui abritent la grande majorité des centrales à biogaz du pays, ont déjà fait entendre leurs désaccords contre cette initiative.

Claire Stam, à Francfort
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