Publié le 29 juin 2016

EMPREINTE TERRE

Glyphosate : sursis de 18 mois, une opportunité pour ouvrir le débat sur les herbicides ?

La Commission européenne a enfin tranché le sort du glyphosate. L'herbicide bénéficie d'une autorisation de commercialisation prolongée de 18 mois, en attendant l'avis de l'Agence européenne des produits chimiques. Ce sursis est accordé sans les restrictions demandées par le Parlement européen pour limiter l'exposition des populations. De nombreuses voix s’élèvent pour que cette prorogation permettent la tenue d’un véritable débat sur l'utilisation des herbicides totaux (dont le glyphosate) dans les pratiques agricoles.

Le 6 juin, les militants contre la prolongation de l'utilisation du glyphosate se sont mobilisés devant les bureaux de la Commission européenne à Berlin, en Allemagne.
Kay Nietfeld / DPA / AFP

Après des mois d'atermoiement, la Commission européenne a enfin tranché. Mardi 28 juin, elle a décidé de prolonger l'autorisation de vente du glyphosate de 18 mois. Elle endosse ainsi, seule, la responsabilité de la poursuite de la commercialisation en Europe de ce pesticide très controversé.

Elle avait pourtant essayé de faire valider une décision par les États membres. Mais les quatre votes successifs organisés par Bruxelles entre mars et juin 2016 n'ont pas permis d'obtenir une majorité qualifiée. Et ce, malgré la révision drastique de la proposition européenne, qui est passée d'une demande de renouvellement pour 15 ans à une prolongation de 18 mois dans l'attente d'une évaluation du glyphosate par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

De nombreux opposants au glyphosate déplorent cette "période de grâce", selon les termes de la directrice de la politique alimentaire de Greenpeace Europe, Franziska Achterberg. En effet, la prolongation de l'autorisation de l'herbicide se fait sans garde-fou, notamment sans les restrictions d'utilisation demandées par le Parlement européen.

 

Rien contre l'utilisation détournée de l'herbicide

 

Après l'avis du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) classant le glyphosate comme un "cancérogène probable" pour l'homme, les Eurodéputés avaient proposé d'encadrer l'utilisation du glyphosate pour réduire l'exposition des populations. Le texte voté par le parlement condamnait en particulier "l'utilisation inacceptable du glyphosate dans une pratique agricole connue sous le nom de 'green burndown'", c'est-à-dire pour tuer la plante cultivée avant la récolte afin d'accélérer la maturation et de faciliter la récolte. Cette utilisation détournée de l'herbicide entraîne une exposition accrue pour l'homme.

Autre restriction demandée par Strasbourg et restée lettre morte, l'interdiction d'utiliser le glyphosate dans les parcs publics et les aires de jeu. Mais la Commission européenne a préféré renvoyer la balle dans le camp des États membres, se bornant à recommander une diminution de ces usages. La France a une longueur d'avance, puisqu'elle a adopté en janvier 2014 une loi qui interdira l'utilisation des produits phytosanitaires dans les espaces verts publics à partir de 2020 et par les particuliers en 2022.

 

Toxicité des herbicides totaux

 

Les usages non agricoles représentent 10% de l'utilisation du Roundup. La grande question reste donc de savoir si l'agriculture européenne va se passer du glyphosate et des autres herbicides totaux, ces produits destinés à tuer toutes les plantes (adventices et plantes cultivées, sauf si ces dernières ont été créées pour tolérer l'herbicide). En effet, de nombreux experts rappellent que la toxicité avérée du glyphosate ne doit pas masquer la réalité des autres herbicides totaux, moins étudiés mais tout aussi toxiques. Beaucoup plaident ainsi pour que la période de 18 mois qui s'ouvre soit l'occasion d'ouvrir le débat.

Pour le premier syndicat agricole européen, Copa-Cogeca, la réponse est simple : "il n'existe aucune alternative au glyphosate". Une affirmation démentie par de nombreuses pratiques agricoles et par l'Inra elle-même.

 

Consultation publique jusqu'au 18 juillet

 

Nier les alternatives au glyphosate, c’est aussi nier le fait qu’ils deviennent progressivement obsolètes avec le développement de plantes résistances. Des dizaines d'espèces de "mauvaises herbes" sont aujourd'hui reconnues résistantes au produit phare de Monsanto. Aux États-Unis, ces "super mauvaises herbes" conduisent à une substitution du glyphosate par du 2,4-D, un puissant défoliant, connu pour entrer dans la composition de l’agent orange, tristement célèbre pour son utilisation par l’armée US au Vietnam.

Pour l'instant, l'avenir du glyphosate est suspendu à l'avis de l'ECHA. L'agence va fonder sa décision sur les mêmes études que celles utilisées par l'EFSA, ainsi que toute information soumise dans le cadre d'une consultation publique qui prendra fin le 18 juillet 2016.

Magali Reinert
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