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Publié le 21 décembre 2012

EMPREINTE SOCIALE

L'épargne salariale : un vivier pour l'ISR

Alors que les épargnants particuliers détiennent 6 % en moyenne des encours de l'ISR en Europe, la France se singularise grâce à l'épargne salariale. Dans ce domaine l'ISR représente près de 25 % des placements souscrits par des salariés dans le cadre de l'épargne salariale diversifiée. En plein essor, ce marché évalué à 13 milliards d'euros fin 2011 ne connaît pas la crise. Explications.


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Epargne solidaire et ISR

Les entreprises sont obligées de proposer au moins un fonds solidaire dans leur gamme d'épargne salariale. Cela signifie qu'une partie des montants, 10% maximum, est destinée à des entreprises de l'économie sociale et solidaire. Mais le reste des fonds est placé sur les marchés financiers classiques. C'est pourquoi les sociétés de gestion qui proposent ce type de placements ont progressivement mis en place une gestion ISR pour plus de 80 % cette partie du placement. Ceci explique aussi la forte croissance de l'ISR dans l'épargne salariale.

Sur les 115 milliards d'euros que pèse aujourd'hui l'ISR en France, 13,2 milliards d'euros proviennent de l'épargne salariale (source Novethic). Ce type de placement est en forte croissance, avec une hausse de 38% entre 2010 et 2011. « En matière d'épargne salariale, l'ISR représente aujourd'hui 1 euro sur 4€ en termes d'encours pour la gestion diversifiée. C'est un chiffre tout à fait conséquent, qui augmentera au cours des prochaines années », estime Pierre Schereck, directeur de l'épargne entreprise chez Amundi. Malgré un contexte financier compliqué, les fonds ISR tirent donc leur épingle du jeu au sein de l'épargne salariale (53 milliards d'euros), boostés par une série de facteurs favorables.

Les syndicats

Au premier rang des leviers de croissance figure le Comité Intersyndical de l'Epargne Salariale (CIES). Depuis 2002, ce comité qui regroupe quatre organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CFTC et CGT), labélise les offres d'épargne salariale ISR et pousse à leur développement auprès des militants syndicaux et des entreprises. « Nous faisons en sorte que les entreprises proposent des fonds labellisés. Après, c'est une négociation au sein du conseil de surveillance », explique Emmanuel Mermet, membre du CIES et secrétaire confédéral CFDT. Aujourd'hui, les gammes de fonds labélisées par le CIES représentent 9 milliards d'euros, disponibles auprès de 13 sociétés de gestion. L'an prochain, le CIES espère atteindre la barre des 10 milliards d'euros d'encours, puis 11 milliards dès le début de l'année 2014.

Les gestionnaires de fonds

Poussés par des entreprises demandeuses de placements ISR, les gestionnaires ont donc développé leurs offres. Surtout, beaucoup d'entre eux ont multiplié les transferts de fonds traditionnels vers des fonds responsables. « Lorsqu'un fonds classique bascule en ISR, c'est en général l'expression d'une volonté d'un corps social, celui des représentants des salariés, via le Conseil de surveillance », indique Valérie Bardou, Responsable de la promotion de l'épargne entreprise ISR chez Amundi. Le Conseil de Surveillance d'un fonds d'épargne proposé par HSBC, justement, a récemment opté pour un tel transfert. « Depuis sept ans, nous avions deux fonds qui évoluaient dans la zone Euro, l'un ISR et l'autre pas. Nos clients nous ont demandé de ne garder que le fonds ISR car, au final, les performances étaient relativement proches. Nous avons donc relayer une attente de nos clients », détaille Philippe Mogenot, Responsable du développement institutionnel chez HSBC Global Asset Management. En septembre 2012, HSBC comptait parmi ses clients 1 703 entreprises proposant des fonds ISR à leurs salariés, contre 1 000 un an plus tôt, soit une croissance de 70 %. Depuis plus d'un an, tous les appels d'offres reçus par la banque incluent une demande d'ISR.

Les entreprises

Si les choix d'investissements sont parfois complexes pour les particuliers, les salariés, eux, ne sont confrontés qu'à un choix réduit de fonds sélectionnés par leur entreprise. Pour Dominique Blanc, responsable de la recherche sur l'ISR de Novethic, cette progression des fonds ISR découle « d'une volonté des ressources humaines et des directions d'entreprises d'installer un dialogue positif avec les syndicats. »

En matière de communication, les attentes sont donc fortes vis-à-vis des entreprises. Si les organisations syndicales et les gestionnaires de fonds communiquent beaucoup sur ce sujet, les entreprises ont encore quelques efforts d'explications à fournir, afin de jouer pleinement leur rôle d'intermédiaire. Pour Laure Delahousse, Directrice ISR de l'AFG (Association Française de la Gestion financière), cette mission coule de source : « il n'est déjà pas évident pour n'importe qui de faire un choix de placement, alors si l'on ajoute les critères ISR, cela peut paraître encore plus compliqué. En termes de pédagogie, rien ne vaut l'implication de l'entreprise. Le rôle de l'employeur et des partenaires sociaux, présents dans les conseils de surveillance des fonds, est clef. »

Des perspectives de croissance

L'ISR est donc un facteur important de développement de l'épargne salariale. « L'ISR enregistre la progression la plus significative de nos encours d'épargne salariale. Ce développement, dans un contexte de marché pourtant atone, démontre que les perspectives de croissance sont énormes », estime ainsi Philippe Mogenot. A condition que chaque partie prenante poursuive ses efforts d'informations. Le FIR (Forum pour l'Investissement Responsable) y va d'ailleurs de sa contribution avec l'élaboration d'un « Guide de l'Epargne Salariale Responsable », qui devrait sortir début 2013.

Céline Oziel
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