Publié le 14 janvier 2013

EMPREINTE SOCIALE

« Mettre les compétences de l'audit social au service d'une ONG »

Participation à l'encyclopédie de l'Audit social, co-écriture du Que sais-je sur le même thème, multiplication de projets pilotes ... L'association Ressources humaines sans frontière a été particulièrement active en 2012. Retour avec Martine Combemale, directrice de RHSF, sur les chantiers en cours de cette structure spécialisée dans l'audit social.

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Novethic : Quels sont les objectifs de Ressources-humaines sans frontières ?

Martine Combemale : Notre objectif est de contribuer à l'amélioration des droits de l'homme au travail dans la chaîne de sous-traitance. Dans ce cadre, nous avons deux axes de travail, des projets pilotes avec des entreprises qui acceptent de nous accorder un accès total à leur chaîne de sous-traitance. D'autre part nous participons à des études, bien souvent en partenariat avec d'autres acteurs comme Vigeo, qui travaillent sur la macroanalyse des politiques de RSE des entreprises. De notre côté, nous nous concentrons sur les pratiques dans les centres de production. Dans ce cadre, nous réalisons par exemple avec Vigeo une étude comparative sur les politiques RSE dans le jouet pour le gouvernement français. Pour le gouvernement américain, c'est sur l'impact des politiques RSE sur le travail des enfants dans l'agriculture nicaraguayenne que nous travaillons avec une ONG américaine.

Pouvez-vous détailler la façon dont vous travaillez sur ces questions ?

Nous auditons en premier lieu la politique d'achat responsable de l'entreprise, pour évaluer son impact sur la chaîne de sous traitance. Ensuite nous réalisons une carte pour identifier les familles d'achat à risques dans la chaîne de sous-traitance. Nous identifions deux, trois de ces entreprises avec qui nous mènerons un travail de longue haleine, pour construire des outils et processus RH adaptés à la culture du pays, tout en prenant en compte leurs impératifs économiques. Chaque fois nous travaillons avec notre réseau d'universitaires, d'ONG et d'institutions locales. Partir des problématiques économiques et RH des sous-traitants, mais aussi des acheteurs, est la meilleure solution pour avoir la garantie de leur adhésion. L'objectif est de faire émerger des solutions simples à mettre en œuvre, dans des pays comme la Chine où il n'existe bien souvent aucune politique ressources-humaines. Nous souhaitons éviter en cas de problème que les donneurs d'ordre changent de sous-traitants, c'est pourquoi nous misons sur l'accompagnement de ces derniers. Nous réalisons également des cartes des risques par pays, en identifiant les partenaires ressources comme les ONG.

En quoi vos pratiques sont différentes d'un cabinet de conseil classique ?

Nous avons un statut associatif. Nous ne faisons pas de bénéfices et notre objectif n'est pas l'accompagnement de l'entreprise. De plus, nous prenons le temps nécessaire pour élaborer un langage commun avec toutes les parties (sous-traitants, ONG...). Il faut 2 ans pour faire comprendre aux directions l'enjeu économique sous-jacent à l'amélioration des conditions de travail. Chaque fois nous réalisons un tableau de bord social dont l'évolution fait l'objet de réunion régulière, avec des formations pour les managers. Une fois le projet pilote déployé, nous testons sur d'autres sites les outils et méthodologies élaborés. Nous avons par exemple écrit un manuel Ressources-humaines pour les Chinois avec différentes étapes reproductibles pour la diffusion de bonnes pratiques. Nous réalisons aussi des études sectorielles indépendantes, par exemple sur le tourisme ou l'extraction minière, en Europe de l'Est ou de l'Ouest. L'objectif est de permettre d'introduire des clauses sociales dans les appels d'offres des collectivités territoriales, pour qu'elles choisissent en connaissance de cause leurs fournisseurs.

Et en quoi RHSF est-elle différente des ONG classiques ?

Nous associons toujours les responsables des sites de production et nous favorisons l'émergence de solutions concrètes. Par exemple dans une mission en Chine, les ouvriers voulaient garder le bénéfice des heures supplémentaires qu'ils faisaient. Nous avons travaillé sur la base de l'enveloppe salariale globale, en démontrant que le taux de productivité et la qualité du travail baissaient avec les heures supplémentaires. Au bout de 4 mois de collaboration, nous avons mis en place des outils qui permettent de produire autant avec des journées de travail moins longues et sans baisser le niveau de rémunération des ouvriers. L'entreprise comprend alors l'impact d'une politique RH sur son business et c'est la clé pour que la politique RSE prenne racine. Par ailleurs les cartes de risque pays sur les droits de l'homme que nous produisons dans le cadre d'une mission, seront accessibles ensuite gratuitement pour d'autres entreprises, universités ou ONG. Nous mettons à dispositions des acteurs de la RSE aujourd'hui 6 cartes pays. Et nous avons besoin de mécènes pour en produire d'autre et toutes les bonnes volontés sont les bienvenues...

Propos recueillis par Cédric Morin
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