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Publié le 29 avril 2013

EMPREINTE SOCIALE

Les projets industriels de plus en plus confrontés à l'acceptabilité sociale

De plus en plus souvent, les nouveaux projets industriels font l'objet d'une vive contestation de la part des populations. L'acceptabilité sociale devient un enjeu pour les entreprises, mais elle reste encore mal comprise. La sociologue Corinne Gendron revient sur ce concept.

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Qu'il s'agisse de la construction d'un nouvel aéroport, d'une nouvelle centrale thermique ou d'un nouveau site d'exploitation de gaz de schiste, les conflits locaux opposant riverains, promoteurs et décideurs politiques sont de plus en plus fréquents. Les populations s'inquiètent en effet des risques potentiels pour l'environnement qui accompagnent la réalisation d'un nouveau projet et n'hésitent plus à le contester, allant parfois jusqu'à obtenir son abandon. L'acceptabilité sociale est donc un enjeu crucial pour les entreprises (voir L'acceptabilité des projets au cœur de l'AG de Total ) même s'il n'est pas toujours facile de comprendre son processus de formation et ses motivations. « Le concept d'acceptabilité est encore en construction sur le plan scientifique, mais il apporte des clés pour comprendre les controverses rencontrées », explique Corinne Gendron, sociologue de formation et aujourd'hui professeur au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l'Ecole des sciences de la gestion, UQAM à Montréal (1). Lors d'un colloque pluridisciplinaire consacré aux gaz du schiste organisé à l'université Paris VII le 2 avril 2013, la sociologue s'est exprimée sur la construction de l'acceptabilité sociale, ses motivations et son importance pour les entreprises.

Inacceptabilité sociale

Au terme d'acceptabilité sociale, Corinne Gendron préfère celui « d'inacceptabilité sociale » puisqu'un conflit émerge justement lorsqu'un projet n'a pas été accepté par la population. Pourquoi une contestation sociale émerge-t-elle? La sociologue décrit l'explication qu'elle retrouve souvent du côté des industriels : le syndrome NIMBY (Not In My Back Yard ou « pas chez moi »). Mais pour elle, ce concept est trop péjoratif. Il assimile en effet l'opposition à un projet au refus pur et simple des habitants de subir les nuisances d'une nouvelle installation, qui serait pourtant bénéfique à l'ensemble de la population...selon les arguments développés par les industriels. L'inacceptabilité est ainsi résumée par un « manque d'information » et un « égoïsme » mal venu des riverains . Parfois les industriels avancent un syndrome encore plus "caricatural", selon elle : le syndrome BANANA (Build Absolutely Nothing Anywhere Near Anything ou « Ne construisez rien, nulle part »). Il décrit le refus systématique de la population à toute forme de projet et de progrès, fondé sur des peurs irrationnelles.


Pour autant, on ne peut s'en remettre simplement à une question d'intérêt individuel pour expliquer une opposition sociale. « Lorsqu'une opposition se créée, elle n'est pas que la somme d'intérêts individuels, mais un jugement collectif. Elle nait d'une construction sociale du risque», souligne Corinne Gendron.

Dès lors, comment les entreprises peuvent-elles répondre à un conflit de cette nature ? La stratégie des industriels ne peut se contenter, selon Corinne Gendron, d'informer et de chercher à convaincre que la technologie n'est pas aussi risquée qu'elle en a l'air... sous peine de tomber dans un écueil répandu : celui du dialogue de sourds. Car les deux tenants ne se positionnent pas sur le même registre. Dans ces conflits s'opposent en réalité deux visions différentes du progrès. « Bien que celle des populations soit souvent qualifiée d'utopiste, les industriels pourraient gagner à la prendre en compte car elle peut aussi être porteuse d'innovations » observe Corinne Gendron.

Vers un dialogue social ?

De fait la construction d'une nouvelle installation peut être l'occasion d'un dialogue social entre tous les acteurs concernés (voir l'article « La multiplication des mobilisations citoyennes oblige les entreprises à dialoguer avec la société civile »). Un dialogue qui permet de poursuivre le temps démocratique en dehors des seules périodes électorales et de donner la parole aux citoyens pour les choix qui les concernent. « En dialoguant, bien plus qu'en se contentant d'informer et de convaincre, les promoteurs risqueraient moins de se heurter à l'inacceptabilité sociale. Ce qui est nécessaire pour eux puisque risquer la contestation sociale, c'est risquer l'abandon du projet. Pour autant, la discussion ne garantit pas que la décision prise sera la meilleure, mais elle sera la plus légitime. »

(1) Gendron C. et Vaillancourt J-G. (dir.), 2003. Développement durable et participation publique. De la contestation écologiste aux défis de la gouvernance, Montréal, PUM, 398 p.

Oriane Dioux
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