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Publié le 05 juin 2013

EMPREINTE SOCIALE

L'attentat d'Arlit suspend les activités d'Areva

Le 23 mai dernier, l'attentat qui a causé un mort et plusiuers dizaines de blessés à l'usine Somaïr d'Arlit a suspendu partiellement les activités minières du groupe nucléaire français. Une situation qui questionne la prise en charge des maladies contractées par les mineurs et les populations d'Arlit. Fin 2012, l'ONG Sherpa avait rompu son accord avec Areva concernant la santé des mineurs.

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Le 18 décembre dernier, Sherpa annonçait son retrait des accords passés avec Areva en 2009 concernant les sites miniers du Gabon et du Niger. Si l'association s'est alors félicitée que des centaines de travailleurs africains aient pu bénéficier d'un suivi médical, elle dénonçait aussi l'absence d'indemnisation des employés ayant contracté de graves maladies liées à l'exploitation de l'uranium. Or, comme le souligne le Réseau Sortir du nucléaire dans un communiqué du 4 juin l'attentat du 23 mai 2013 contre la mine d'uranium d'Arlit, exploitée par Areva, repose la question de la situation des mineurs africains malades de l'exploitation de l'uranium. Le groupe français a annoncé son intention de continuer ses activités à Arlit et poursuit l'extraction de l'uranium. L'activité de retraitement, dont l'évaluation des dgâts est en cours, a en revanche été stoppée jusqu'à nouvel ordre.

Retour sur un accord et une rupture

En accord avec ses partenaires nigériens et gabonais, ainsi qu'avec l'Association des anciens travailleurs de Mounana -site minier exploité par Areva au Gabon-, Sherpa s'est retiré des accords passés en 2009 avec le groupe nucléaire français et qui visaient deux objectifs : la création d'observatoires de santé, dans un premier temps sur les sites miniers de Mounana au Gabon et d'Arlit au Niger, pour prendre en compte les risques sanitaires liés l'exploitation de l'uranium et l'indemnisation des anciens employés africains ou français du groupe ayant travaillé sur ces sites et ayant contractés des pathologies liées à leur activité professionnelle.
A l'origine de ce partenariat, des enquêtes menées depuis 2003 par Sherpa, Médecins du Monde et la CRIIRAD avaient révélé de fortes suspicions sur les maladies professionnelles contractées par les miniers durant plusieurs décennies. En avril 2007, Sherpa, Médecins du Monde et la CRIIRAD ont publié une seconde enquête accusaient officiellement les dirigeants d'Areva d'avoir négligé les conséquences sanitaires et environnementales de leurs activités. A l'époque, Sherpa menace de déposer une plainte pour « mise en danger d'autrui, homicides involontaires et faute inexcusable » contre l'industriel. Areva répond alors en arguant des " mesures prises en matière de suivi médical et sanitaire (...) Les actions récentes menées en faveur de la création d'un observatoire de la santé témoignent de l'engagement d'AREVA dans ce domaine ".
Deux ans plus tard, l'observatoire évoqué par Areva laisse place à un accord conclu avec Sherpa sur la création d'un « observatoire de la santé pluraliste » sur les sites du groupe, afin d'étudier la situation sanitaire des populations locales et le cas échéant, faire reconnaitre les maladies contractées par les mineurs comme « maladies professionnelles », selon la définition donnée par la sécurité sociale française.

"Exécution partielle des accords et affichage"

Fin 2012, quel est le bilan de ce partenariat ? Sherpa évoque une « exécution partielle des accords qui a permis la mise en place de manière effective des Observatoires de Santé sur les sites de Mounana et d'Arlit", « le suivi médical de plus de 700 travailleurs africains » et « l'indemnisation de deux familles d'expatriés français ». En revanche, aucune indemnisation n'a été réalisée pour les employés locaux ayant contracté différentes pathologies liées à l'exploitation l'uranium.
L'association estime voir un « changement de la culture de l'entreprise en termes de développement durable », la nouvelle direction d'Areva ayant réduit selon elle « l'exécution des accords à une opération de communication, sinon d'affichage ». « La décontamination du site de Mounana, dont l'exploitation a cessé en 1999, promise par Madame Anne Lauvergeon, est en panne (...) La société semble même aujourd'hui se dédouaner des engagements pris par cette personne », indique ainsi l'ONG.

De son côté, l'industriel a fait part de son « incompréhension » concernant la décision de Sherpa et a affirmeéêtre d'autant plus étonné de sa réaction que l'ONG "l'avait informé publiquement, à deux reprises, de sa "satisfaction" quant aux avancées et résultats provisoires des Observatoires de santé (...)". Il met en avant la réalisation de ces observatoires qui constituent « une première dans le monde minier » permettant « d'assurer un suivi post professionnel des anciens mineurs mais également une veille sanitaire des populations vivant aux alentours des sites miniers ».


Véronique Smée
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