Publié le 09 janvier 2017

EMPREINTE SOCIALE

"Paye ton sexisme" au travail

La parole des femmes se libère. De "Paye Ta Blouse", en milieu hospitalier, à "Paye Ta Robe" en milieu judiciaire, les plateformes de témoignages contre le sexisme en milieu professionnel se multiplient. Le but ? Une prise de conscience.


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"Nous on ouvre les portes, pendant que toi tu ouvres tes jambes", "Pour moi le mieux, ce serait un labo sans femmes", "Tu devrais mettre une jupe et des talons, pour faire venir le client".

Les témoignages se comptent par milliers. En quelques mois, plusieurs initiatives pour recueillir la parole des femmes ont été lancées. Elles portent sur différents secteurs : le monde judiciaire avec "Paye Ta Robe", hospitalier avec "Paye Ta Blouse", sportif avec "Paye Ton Sport", ou des médias avec "Paye Ton Journal"...

L’objectif est simple : dénoncer le sexisme subi au travail, fédérer et libérer la parole des femmes. A l’origine du mouvement,  on trouve le blog "Paye Ta Shnek", créé par la graphiste Anaïs Bourdet. Lancé en 2012, ce  tumblr a mis en lumière le harcèlement de rue et rencontré un franc succès.

 

Libérer la parole

 

"Le harcèlement sexiste dans l’espace public a été beaucoup médiatisé, ce qui n’est pas encore le cas du harcèlement en milieu professionnel. Il faut démarrer le même travail, avoir la même démarche de déconstruction et de libération de la parole", estime-t-elle.

Ce sont les collaboratrices parlementaires qui ont ouvert la voie. En octobre 2016, elles créent Chaircollaboratrices.com. Leur statut précaire, l’absence de convention collective, leur proximité avec les élus les rend vulnérables. "Nous sommes à la merci des dérives", dénonce Charlotte Lestienne, une des fondatrices. "On veut montrer que le sexisme est massif et généralisé".

Elles sont alors suivies par les avocates qui lancent "Paye Ta Robe".

 

Sexisme spécifique à chaque profession

 

Afin que "toutes les professions soient représentées", Anaïs Bourdet étend le mouvement à "Paye Ton Taf". En une journée elle reçoit plus de 300 témoignages. "Ces témoignages sont une preuve. On ne peut plusnier" le phénomène. Petit à petit, chaque domaine professionnel s’arme d’une plateforme.

Avec toujours, un sexisme spécifique lié à la profession. Ton paternaliste, condescendant, infantilisant pour les avocates : "Mon client appelle tous les hommes du dossier "Maître" et moi "Mademoiselle". En milieu hospitalier, l'humour se fait graveleux :  "tu sais bien ce qu’on dit : quand les Moules apparaissent, le niveau baisse".

Pour Anaïs Bourdet, "il faut que les choses changent". Elle demande au gouvernement et aux entreprises de s’attaquer au problème. "Nous en sommes encore à la première étape, maintenant, il faut des mesures"

Marina Fabre
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