Publié le 12 octobre 2017

EMPREINTE SOCIALE

Yves Saint-Laurent, Hermes, Chopard…comment le luxe se met peu à peu au vert

Les marques de la fast fashion sont souvent pointées du doigt pour leurs impacts sociaux et environnementaux. Mais ces problématiques concernent également la filière luxe. En France, une charte a été élaborée il y a quelques années et les bonnes pratiques se diffusent peu à peu. Car l’intérêt est aussi économique.

Yves Saint Laurent par exemple a lancé la collection New Vintage créée à partir de tissus recyclés des modèles des saisons précédentes.

Cuir écologique, or éthique, vêtements recyclés, traçabilité des matières premières ou encore amélioration des conditions de travail...Les marques de luxe adoptent de plus en plus un comportement responsable. Une tendance décryptée par le cabinet Mazars dans une étude publiée récemment (1).

Celui-ci a passé au crible les pratiques des grandes maisons séculaires et des nouveaux créateurs en matière éthique et montré comment cette question est désormais considérée " comme une priorité stratégique, en réaction aux diverses crises qui se multiplient (raréfaction des ressources, crises énergétique, écologique, financière ou de confiance)".

Il s’agit aussi, selon les experts, "de renouer avec les valeurs intemporelles du luxe : savoir-faire, transmission, ancrage territorial, préservation des ressources naturelles, mais surtout écoute et respect du consommateur." En France, dès 2010, les plus grandes marques de luxe ont décidé de créer une charte de bonnes pratiques de la filière mode et luxe. Celle-ci donne les lignes directrices d’un développement responsable de la filière.

Un cuir à partir de peaux de saumons

La préservation des ressources naturelles (cuir, soie, laine, fourrure...) est ainsi devenue un enjeu clé. Chef de file des créateurs de mode n’utilisant ni fourrure ni cuir, Stella McCartney a ouvert la voie du cuir synthétique il y plus de quinze ans. Le géant du luxe italien Gucci a également annoncé cette semaine qu'il bannirait les fourrures de ses nouvelles collections dès l'année prochaine et mettrait aux enchères toutes celles restantes. Les recettes seront reversées aux organisations de défense des droits des animaux italiennes. Une autre célèbre marque du luxe italienne, Armani, avait déjà annoncé en 2016 qu'elle n'aurait plus de fourrures dans ses collections. Harricana se fournit de son côté dans les immenses stocks existants de fourrures inutilisées et épargne ainsi 650 000 animaux par an.

Les grandes marques ne sont pas en reste non plus sur le recyclage des matières. Hermes réutilise ainsi les chutes de cuir ou de soie de ses créations pour fabriquer de petits accessoires comme des porte-clés. Yves Saint Laurent a lancé la collection New Vintage créée à partir de tissus recyclés des modèles des saisons précédentes. Et un jeune designer chilien, Stiven Kerestegian, utilise des peaux de saumon pour donner l'aspect du cuir haut de gamme à ses créations. Des peaux qui proviennent des usines de transformation de saumon d’élevage au Chili, deuxième pays producteur au monde, qui les rejettent en quantités.

Ancrage territorial

L’autre enjeu clé d’un développement durable est la préservation du territoire. L’industrie de la mode est particulièrement concernée par la maîtrise de l’eau et des polluants. Le processus de tannage sans métaux lourds de Gucci permet de réduire la consommation d’eau de 30 %. Et, en cinq ans, Hermes a diminué de 37 % la consommation d’eau nécessaire à la teinte de ses foulards.

Il s’agit aussi pour la filière luxe de valoriser les savoir-faire locaux et le fait-main traditionnel qu'ils peuvent valoriser auprès d'un consommateur qui "n’achète plus seulement le produit, mais également son histoire". Loewe Madrid est ainsi engagé dans une fabrication 0 km grâce au recours à des matières premières et à des artisans espagnols quand Chopard s’approvisionne dans des mines artisanales au Pérou et en Colombie pour sa collection Green Carpet.

Le consommateur à la recherche de biens durables

Enfin, la question de la traçabilité apparaît comme essentielle. Dans la joaillerie par exemple, le succès du film "Blood Diamonds" avec Leonardo Di Caprio a permis une prise de conscience globale sur les diamants du sang. Face aux inquiétudes de l’opinion publique sur le sourcing des diamants, la question de la traçabilité est ainsi devenue un enjeu d’image. Pour y répondre, le célèbre diamantier De Beers a lancé Forevermark qui garantit des diamants respectant un grand nombre de critères et dont la provenance est certifiée.

"Dans notre industrie, il n‘y a pas d‘avenir sans développement durable. 13 % des acheteurs l'ont d'ailleurs intégré comme critère d‘achat. Cela peut sembler peu mais c‘est beaucoup si l‘on considère qu‘il y a deux ans ce chiffre était de 2 %", assure Carlo Capasa, le président de la Chambre de la mode italienne. L'institution, qui regroupe les principales marques transalpines, a d'ailleurs fait du développement durable son cheval de bataille. Et pour le valoriser, a organisé les premiers Oscars de la mode durable lors de la dernière Fashion Week de Milan en septembre. 

"La filière luxe ne fait pas figure de précurseur pour appréhender les enjeux environnementaux et éthiques. Mais la dynamique engagée est forte et semble irréversible, conclut le cabinet Mazars dans son étude. Les questions éthiques sont désormais portées à l’agenda stratégique des firmes de la filière et deviennent de puissants leviers de création de valeur." 

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Étude Mazars.


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