Publié le 14 juillet 2017

EMPREINTE SOCIALE

"Les touristes se disent sensibles au développement durable, mais ce n'est pas encore un critère d'achat", Guillaume Cromer (ATD)

2017 a été proclamée année du tourisme durable par l’ONU. Pour Guillaume Cromer, président du réseau ATD (Acteurs du Tourisme Durable), il ne s’agit pas seulement de proposer de nouvelles destinations "écolos". Il faut engager une transformation profonde de l’ensemble de l’industrie du tourisme pour l’aligner sur la notion de développement durable.


simon gurney

Novethic : Qu’est-ce que le tourisme durable ?

Guillaume Cromer : Il s’agit de l’application du développement durable au monde du tourisme. Attention, il ne s’agit pas de proposer de nouvelles formes spécifiques de voyage. Il s’agit d’un concept plus large d’adaptation de toute l’industrie du tourisme, que ce soit l’hôtellerie, les transports, l’accueil des touristes, en y intégrant les trois piliers du développement durable : l’économie, le social et l’environnement.

 

Dans ce cadre, quelles sont les pratiques à banir ?

Il y a beaucoup de débats en la matière. Il y a des bases sur lesquelles tout le monde s’entend comme le respect des sites naturels très fragiles ou la lutte contre le tourisme sexuel. Mais de nouveaux enjeux apparaissent comme le bien-être animal (réduction du nombre d’animaux captifs, arrêt des ballades à dos d’éléphants… ). Mais le tourisme durable n’est pas qu’une question d’interdictions. Il ya des enjeux sociaux très importants liés à l’accessibilité du tourisme pour tous. Il y a aussi la volonté de faire en sorte que le tourisme soit un vrai levier de développement économique pour les territoires. Il ne faut pas que ce soit seulement des grands groupes qui gagnent de l’argent en faisant de l’optimisation fiscale. Les revenus doivent retomber localement auprès des habitants et des prestataires.

 

Est-ce que cela implique la fin du tourisme de masse ?

La question de tourisme de masse est très liée à la capacité de charge d’un territoire. Mettez 50 000 touristes à Paris, cela ne pose aucun souci. Mettez-les dans le parc naturel régional du Vercors ou en Camargue, l’impact n’est pas le même. C’est la fragilité de la destination qui est importante. Il est tout à fait possible d’intégrer les enjeux de développement durable au tourisme de masse à condition que la destination soit compatible. Reste la question des transports. Si tout le monde prend l’avion pour partir en vacances, on sait bien que cela pose un problème climatique.

 

Est-ce que les touristes sont demandeurs de "voyages durables" ?

Il n’est pas facile de donner des chiffres. Plusieurs études ont été menées. Il y a un vrai accroissement de la sensibilisation des touristes sur les sujets de développement durable. Mais si on pose la question de leurs prises en compte dans les décisions d’achats, ces critères reculent très vite. Du coup, il faut que les voyages sensibilisent peu à peu la population. Il ne faut pas que l’engagement sur le développement durable soit moralisateur, il doit faire partie de "l’expérience du voyage". Si un prestataire travaille sur la préservation de la biodiversité, il faut que ce soit raconté de manière positive aux clients. Il ne faut pas simplement lui expliquer qu’il faut sauver les abeilles, il faut faire un atelier avec un apiculteur. Là, le voyageur devient un ambassadeur du tourisme durable .

Propos recueillis par Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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