Publié le 03 avril 2014

EMPREINTE SOCIALE

Consommation : les Français entre responsabilité et contraintes économiques

Consommer de manière plus responsable. C'est ce que souhaitent une majorité de Français, qui se considèrent comme les premiers acteurs du changement selon l'étude que publie aujourd'hui le cabinet Ethicity. Une enquête, publiée à l'occasion de la semaine du développement durable, qui revient sur l'évolution de la consommation durable au cours des 10 dernières années. Pourtant, les intentions sont loin de rejoindre les actes.

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© istock

 

Une véritable remise en cause de la société de consommation. C'est l'un des principaux enseignements de l'étude publiée par Ethicity aujourd'hui. Le cabinet d'étude, qui analyse la consommation responsable depuis 2004, fait le bilan de ces dix dernières années : « La prise de conscience est claire : nous arrivons à la fin d'un modèle. Mais les français pensent que des solutions existent », résume Gilles Degroote, directeur conseil au sein de Greenflex et en charge de l'étude. Selon cette enquête - menée par Kantar Media auprès de 3 700 personnes - près des deux tiers des personnes interrogées jugent que la crise invite à réviser une partie de notre modèle et 33 % voudraient repartir de zéro pour construire de nouveaux modes de vie et de consommation. Seuls 6 % des sondés pensent qu'il ne faut rien changer.

Du consom'acteur au conso'auteur

Pour rebattre les cartes, les citoyens estiment qu'ils ont un rôle à jouer. C'est pourquoi le « conso'auteur » émerge, comme l'explique Gilles Degroote : « Le consom'acteur se tourne vers l'achat de produits plus responsables, alors que le conso'auteur va plus loin : il fabrique des produits lui-même, s'implique davantage en donnant son avis... ». En pratique, la tendance du « do it yourself » explose : en 2014, 70 % des français ont déclaré cette année faire plus de choses par eux-mêmes (cuisine, couture, bricolage...), contre 35 % l'an dernier. Ils sont aussi 28 % à se dire prêts à fabriquer certains produits au lieu de les acheter. En France comme ailleurs, ils s'organisent en réseaux pour promouvoir cette autre manière de produire.

Au cours de la dernière décennie, note Ethicity, les trois principales préoccupations des Français sont restées inchangées : le bien-être de la famille et des proches, la santé et, dans une moindre mesure, le coût de la vie. Mais pour Pascale Hébel, directrice du département Consommation au Crédoc, c'est avant tout l'aspect économique qui explique la remise en cause du modèle de consommation : « Il faut faire attention avec le déclaratif. En réalité, le premier facteur est économique. Les enjeux écologiques arrivent en troisième position, après l'âge. La principale préoccupation demeure le pouvoir d'achat. Quant au «do it yourself», il répond à un désir de se réaliser soi-même. Mais ce ne sont pas les mêmes personnes qui font de la cuisine, du bricolage ou du jardinage. Cela dépend des compétences. »

Selon Ethicity, 59 % des sondés pensent que l'environnement peut avoir des conséquences sur la santé, et 36 % choisissent leurs aliments pour rester en bonne santé. Mais, là encore, le Crédoc vient tempérer les enthousiasmes nés de la lecture de cette étude : « la santé était un sujet d'inquiétude très fort entre 2000 et 2007. C'est moins le cas aujourd'hui. La crise est passée par là et a relégué la question. Sur l'alimentaire, par exemple, la notion de plaisir est revenue », note Pascale Hébel. Pour les produits écologiques, c'est d'ailleurs bien la santé qui représente le premier critère d'achat (39 % des sondés), loin devant la préservation de la planète (28 %).

Quête de transparence

Alors que 69 % des consommateurs estiment que la qualité des produits s'est dégradée ces dernières années, la plupart d'entre eux demandent désormais des preuves de la bonne qualité des produits qu'ils achètent, (64%), ainsi que plus de transparence sur leur composition (64%) et leur origine (54%).

Cette méfiance résulte en partie des scandales à répétition qui ont éclaté au cours des dernières années, comme l'affaire Spanghero et sa viande de cheval. Pour répondre à ces besoins, certaines entreprises ont décidé de jouer la carte de la transparence. Des services en ce sens se sont d'ailleurs développés, à l'instar de Noteo.

Pour Gilles Degroote, ces évolutions représentent une opportunité pour les fabricants, les marques et les enseignes: « les entreprises ont l'opportunité de se réinventer, de produire autrement et de proposer de nouveaux services. Mais l'innovation ne doit pas pousser à la création de nouveaux besoins qui ne répondrait pas aux motivations essentielles et authentiques des consommateurs.»

Céline Oziel
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