Publié le 14 juin 2017

EMPREINTE SOCIALE

Y aura-t-il bientôt des pesticides dans les produits bio ?

Les États membres de l'Union européenne ne parviennent pas à se mettre d'accord sur la révision du règlement concernant les productions issues de l'agriculture biologique. Pour débloquer le dossier, la possibilité pour chaque État de définir ses propres seuils acceptables de pesticides dans les produits a été proposée. Les fédérations françaises de producteurs craignent une distorsion de concurrence entre les pays. 


C’est une initiative peu médiatisée mais qui pourrait marquer un réel changement dans le monde du bio. Lundi 12 juin, le Conseil de l’agriculture de l’Union européenne se penchait sur le règlement relatif à la production issue de l'agriculture biologique. Ce règlement doit être révisé depuis 2014. Or, tous les États membres ne sont pas d’accord.

Par exemple, le gouvernement belge s’oppose depuis 2 ans "au texte sur la table qui prévoit qu’un produit pourrait conserver le label bio, même s’il contient des résidus de pesticides, ce qui n’est pas acceptable". Aussi, Phil Hogan, Commissaire européen à l’agriculture, a proposé aux États membres de développer leurs propres systèmes avec des seuils variables d’autorisation de résidus. Autrement dit, chaque État membre pourrait définir lui-même un taux de pesticides contenu dans les produits compatible avec le label bio.

"Ce texte va introduire des distorsions de concurrence"

Refus catégorique de la Belgique et branle-bas combat du côté des fédérations de producteurs. "En ce qui concerne les contaminations par les pesticides, le compromis en discussion ouvre une boîte de Pandore (…). Ce texte va introduire des distorsions de concurrence, chaque État membre étant libre de définir ses règles de déclassement indépendamment de ses voisins", craignent plusieurs fédérations.

À l’issue de la réunion, les États membres n’ont pas pris de décision mais une dizaine d'entre eux ont émis des réserves sur le projet présenté. Une nouvelle proposition doit être transmise fin juin, mais les fédérations de producteurs restent inquiètes.

La crainte d'une perte de confiance des consommateurs 

"Le ministre français de l’Agriculture, Jacques Mézard, dit vouloir obtenir un compromis satisfaisant devant les États membres. A aucun moment, il n’a fait valoir nos demandes et nos exigences. On ne sait pas jusqu’où, ni sur quoi ira cette recherche de compromis", s’inquiète Charles Perrin, de Synabio, syndicat national des entreprises bio, interrogé par Novethic. "On en appelle au ministre. Nous voulons une harmonisation des règlements qui ne se fasse pas au détriment du cahier des charges des labels bio", ajoute Iris Roze, de l’APCA (Assemblée permanente des Chambres d’agriculture).

Le ministère de l’Agriculture, sollicité par Novethic, n’a pour l’instant pas dévoilé sa ligne de conduite sur ce point. Il doit aussi se positionner sur d’autres sujets. Notamment sur une proposition du commissaire européen qui permettrait de déroger au contrôle annuel chez les producteurs certifiés. Une "exigence qui garantit que les produits bio respectent bien le cahier des charges", rappellent les fédérations. Le risque avec cette proposition est que les consommateurs perdent confiance dans les labels. 

 Marina Fabre @fabre_marina


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