Publié le 02 février 2015

EMPREINTE SOCIALE

Qualité de l’air au bureau : des dangers connus mais sous-évalués

Il existe aujourd’hui peu d’information sur la qualité de l’air dans les bureaux, bien que la nature des polluants soit connue. En 2013, l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) a lancé la première grande campagne française de mesures sur le sujet. Mais l’étude piétine, en particulier à cause du refus des entreprises d'y participer. Les mesures réalisées par differents bureaux d’études ne sont quant à elles pas rendues publiques.

Photo d'illustration
iStock

Les Français passent en moyenne 90% de leur temps à l’intérieur, en particulier au bureau. L’exposition aux polluants dans ces espaces de travail est donc une question de santé publique, d’autant qu’elle présente certaines spécificités.

La bureautique (ordinateurs, photocopieurs, imprimantes) est une source importante de particules fines, d’ozone et de composés organiques volatils (COV).

Autre différence avec l’air intérieur des logements, le ménage quotidien des locaux multiplie l’utilisation de produits d’entretien contenant notamment du formaldéhyde, un COV très volatil.

Enfin, les bureaux sont généralement ventilés mécaniquement, avec des fenêtres ne s’ouvrant pas, ce qui peut favoriser le confinement de certains espaces en fonction de l’efficacité de la ventilation.

 

Utilisation de produits cancérigènes

 

Parmi les composés organiques présents dans les bureaux, certains ont des effets cancérigènes avérés, en particulier le benzène et le trichloréthylène. La toxicité chronique du formaldéhyde fait moins consensus. Ce gaz est néanmoins classé par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) comme "substance cancérigène avérée pour l’homme".

Les informations disponibles sur la présence de polluants dans les bureaux montrent que toutes les particules recherchées sont présentes. Mais, faute de données, il est aujourd’hui impossible d’avoir une image représentative de l’air des bureaux.

Selon le projet européen Officair, sur 167 bureaux neufs ou rénovés (dont 9 en France), les concentrations de ces particules relevées en décembre 2014 ont "des valeurs plutôt faibles par rapport aux valeurs de référence".

Selon une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a contrôlé dix bureaux dans le Nord-Pas-de-Calais l’an dernier, la concentration en formaldéhyde est souvent supérieure à la valeur guide.  

Les dépassements de cette valeur guide pour le benzène sont également avérés dans 50% des bureaux où ont été effectuées ces mesures.

 

Seulement 2% des polluants mesurés

 

Ces mesures ne se réfèrent en réalité pas aux mêmes seuils sanitaires (voir le détail des valeurs guides sanitaires).

Pour le formaldéhyde, la valeur guide utilisée par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) est celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle est de 100 microgrammes par mètre cube d’air (μg/m3), alors que la valeur guide de l’Anses est dix fois moindre (10 μg/m3).

Pour des cancérigènes officiellement reconnus comme le benzène, il n’existe pas de valeur seuil puisque la toxicité est reconnue, même à très faible dose. La valeur de référence de 2 μg/m3 correspond de facto à accepter la probabilité qu’une personne exposée sur 10 000 personnes développe une leucémie. Le risque est donc très élevé.

Le choix des polluants à chercher constitue une autre difficulté. "Nous sommes aveugles sur toute une partie des polluants présents dans les bâtiments", reconnaît Corine Mandin, responsable de l’OQAI.

Une vingtaine de composés chimiques sont aujourd’hui étudiés par l’OQAI et l’Anses, parmi le millier déjà recensé dans les bureaux par la littérature scientifique.

 

Des effets toxiques avérés sur le génome

 

Pour évaluer la toxicité globale de l’air des bureaux, l’Anses a regardé dans son étude de 2014 les effets toxiques sur le génome des plantes. Ces tests biologiques permettent de contourner les difficultés liées au recensement de tous les polluants et des effets cocktails entre eux. Les résultats montrent des effets génotoxiques avérés, comparables à ceux d’autres environnements intérieurs.

Depuis 2013, l’OQAI conduit une campagne nationale de mesures dans 300 bureaux. Les résultats sont attendus en 2016. Pourquoi un tel délai? Ce n’est pas à cause du temps nécessaire pour effectuer ces mesures. "Cela ne nécessite qu’une journée dans chaque bureau, explique Corine Mandin. En revanche, le dispositif est très coûteux en matériel. Les entreprises sollicitées refusent également majoritairement", détaille la responsable de la campagne.

 

Des études très privées...

 

L’OQAI déroge ainsi à sa méthodologie et accepte les entreprises volontaires. Pourtant, de nombreuses études sur la qualité de l’air intérieur sont réalisées dans des entreprises, à la suite d’une plainte de salariés ou dans le cadre de l’obtention d’une certification.

Mais ces mesures sont réalisées par de grands groupes privés, comme le Bureau Veritas. Leurs résultats ne sont pas publics.

Bernard Bouché, militant syndical à Solidaires, explique que son syndicat "s’est saisi de cette question de la qualité de l’air à la suite de plusieurs plaintes de salariés liées à des odeurs désagréables ou des problèmes de maux de têtes.

Mais ces effets ressentis ne sont pas représentatifs des conséquences d’une exposition à 30 ou 40 ans. "Il est très difficile dans ce contexte de faire reconnaître des maladies professionnelles", souligne le syndicaliste.

Magali Reinert
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