Publié le 05 septembre 2016

EMPREINTE SOCIALE

Les droits des travailleurs en danger

2016 est la "pire année en termes d’atteintes à la liberté d’expression et à la démocratie", affirme la Confédération syndicale internationale (CSI) dans son dernier rapport sur l’état des droits des travailleurs dans le monde. Elle constate l'affaiblissement de ces droits dans la plupart des régions.

Beaucoup de pays dans le monde excluent aujourd'hui tout ou partie des travailleurs des droits syndicaux fondamentaux comme le droit de grève ou celui de négociation collective, souligne la CSI.
BIG / Novethic

C’est un signal d’alarme que tire la Confédération syndicale internationale. Selon l’Indice CSI 2016, les droits des travailleuses et travailleurs se sont affaiblis dans presque toutes les régions du monde cette année. "Nous sommes confrontés au rétrécissement de l’espace démocratique et à une augmentation de l’insécurité, de la crainte et de l’intimidation des travailleurs et des travailleuses",  déclare ainsi Sharan Burrow, secrétaire générale de la CSI.

Selon la CSI, le nombre de pays où les travailleurs sont exposés à la violence a augmenté, passant de 35 en 2015 à 52 en 2016. Quant aux actes d’ingérence et de restrictions de la liberté d’expression et de réunion, ils ont "spectaculairement" augmenté du fait, notamment de la menace terroriste.

Dans 68% des 141 pays scrutés par l’indice CSI (1), des travailleurs sont exclus du droit de grève. Dans 58%, certaines catégories de travailleurs sont exclues de la liberté syndicale. Et dans 57%, des travailleurs n’ont pas le droit de négocier collectivement pour obtenir de meilleures conditions de travail. Dans d’autres pays, comme en Colombie, en Indonésie et en Ukraine, les travailleurs subissent même de graves violences : menaces, enlèvements, agressions physiques, voire assassinats.

"L’escalade des atteintes aux droits, même dans les démocraties, notamment les propositions du gouvernement de la Finlande (sur l’allongement du temps de travail sans compensation salariale, NDLR) et la nouvelle loi sur les syndicats au Royaume-Uni (notamment concernant le droit de grève, NDLR), révèle une tendance alarmante pour les travailleurs et leurs familles, poursuit Sharan Burrow. La répression des droits des travailleurs va de pair avec un contrôle accru exercé par le gouvernement sur la liberté d’expression, de réunion, ainsi que d’autres libertés civiles fondamentales, et un nombre trop élevé de gouvernements cherchent à consolider leur propre pouvoir, étant souvent aux ordres des grandes entreprises, qui considèrent généralement que les droits fondamentaux sont incompatibles avec la recherche du profit à n’importe quel prix".

 

Moyen Orient et Afrique du Nord : les "pires régions" pour les travailleurs

 

En 2016, les pires pays pour les travailleurs sont, dans l’ordre : le Qatar, Les Émirats Arabes Unis, la Turquie, le Cambodge, le Belarus, l’Iran, le Guatemala et la Colombie. "Une fois encore, le Moyen Orient et l’Afrique du Nord sont les pires régions pour la main-d’œuvre. L’absence totale de liberté syndicale et le système de la 'Kafala' (utilisé notamment au Qatar, ce système de parrainage obligatoire pour tout travailleur étranger peut le mettre à la merci de l’entité locale (entreprise, association ou citoyen) qui le "sponsorise", NDLR), qui expose des millions de travailleurs migrants au risque de travail forcé, sont toujours omniprésents dans les États du Golfe", affirme la CSI.

Et si certains pays d’Europe et d’Asie centrale continuent d’offrir la meilleure protection des droits syndicaux, ce sont aussi les régions qui ont enregistré la détérioration la plus marquée de ces droits. Une tendance qui se prolonge. La CSI note ainsi "une érosion évidente de la législation et un affaiblissement des institutions qui auparavant garantissaient les droits et la démocratie sur les lieux de travail. Sous couvert de mesures d’austérité, les droits du travail font toujours l’objet d’attaques dans des pays comme la Grèce. Dans plusieurs pays comme la Bosnie, la Serbie et l’Ukraine, les gouvernements ont prévu des changements importants à la législation du travail qui iraient à l’encontre des normes internationales et sans aucune consultation des syndicats. Du reste, les menaces terroristes et l’importance accrue de la sécurité servent à justifier les limites imposées aux droits fondamentaux, surtout en Turquie, mais également dans des pays d’Europe occidentale comme la Belgique." 

Quand ils sont réguliers voire systématiques, ces manquements au respect du droit syndical, consacré par deux Conventions fondamentales (N°87 et 98) de l’OIT, vont souvent de pair avec d’autres graves abus en matière de droits humains au travail. Or, privés de représentants syndicaux et/ou de pouvoir de négociation collective, les travailleurs ne peuvent espérer de meilleures conditions de travail.

 

(1) L’Indice CSI des droits dans le monde 2016 note les pays à partir de 97 indicateurs. En fonction de leurs résultats, les pays sont classés dans une des cinq catégories suivantes :
1. Violations sporadiques des droits : 13 pays, dont l’Allemagne et l’Uruguay
2. Violations réitérées des droits : 22 pays, dont l’Irlande et le Japon
3. Violations régulières des droits : 41 pays, dont l’Australie et Israël
4. Violations systématiques des droits : 30 pays, dont la Pologne et les États-Unis
5. Les droits ne sont pas garantis : 25 pays, dont le Belarus, la Chine et le Nigeria
5+ Les droits ne sont pas garantis du fait de l’absence de l’État de droit : 10 pays, dont le Burundi, la Palestine et la Syrie.
Béatrice Héraud
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