Publié le 28 mai 2015

EMPREINTE SOCIALE

Le bore-out : l'épuisement par l'ennui au travail

Après le burn-out, voici le bore-out. Ce mot désigne la pathologie psychologique induite par l’ennui au travail. Car au même titre que la surcharge de travail, l’ennui est un risque psycho-social à prendre en compte au sein de l’entreprise. Ce phénomène, qui n’est pas nouveau, n'a parfois rien d'intentionnel, mais il arrive qu'il constitue pour l'entreprise une stratégie visant à pousser un salarié à la démission. Explications.

Photo d'illustration
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Après le burn-out, voici qu'émerge le "bore-out". Comprenez : épuisement professionnel par l’ennui. À l’origine de ce néologisme, on trouve deux consultants allemands qui ont décrit cette nouvelle pathologie du monde du travail, dans leur ouvrage "Diagnose Boreout" paru en 2010.

Depuis, l’idée a fait son chemin et émerge dans les entreprises françaises. Si certains salariés craquent à cause d’une surcharge de travail, d’autres sombrent également par manque de travail ou manque d’intérêt pour leur activité.

 

Une stratégie de placardisation punitive

 

C’est le cas d’Audrey, 33 ans, cadre dans un groupe d’assurances. En 2012, à la suite d’une grave maladie de son fils, elle s’est arrêtée plusieurs mois. À son retour, tout change : "Alors que j’étais gestionnaire, je suis devenue conseillère du SAV pour les conseillers et clients. Depuis deux ans, je suis complètement démotivée, je ne m’investis plus. Et depuis quelques temps, j’ai des problèmes de dos dus à cette tension permanente". Résultat, Audrey enchaîne les congés maladies depuis plusieurs mois. Elle n’est pas dupe : "Cette stratégie de me confier un poste bien en-dessous de mes compétences vise à me faire partir. Mais avec 10 années d’ancienneté, j’essaie de tenir", explique-t-elle.

Autre cas similaire avec Vanessa, 42 ans, cadre dans un groupe bancaire international. C’est à la suite de sa seconde grossesse que ses conditions de travail se sont dégradées : "À mon retour de congé maternité, la placardisation a commencé. Après avoir travaillé 8 ans dans une agence près de la place de l'Opéra, à Paris, j’ai été envoyée en banlieue parisienne, où je n’avais plus de clientèle internationale".

Formée pour gérer des portefeuilles internationaux, elle ne peut plus exercer pleinement ses compétences : "Je me suis sentie complètement dévalorisée professionnellement, et j’ai commencé à avoir systématiquement la nausée au travail. Je n’arrivais plus à accomplir des tâches pourtant simples". Vanessa a finalement été arrêtée à deux reprises par son médecin, pour une durée de plusieurs mois et sur les conseils du médecin du travail.

 

Se débarrasser de salariés sans avoir à les licencier

 

Pour Marie Pezé, psychologue et responsable du réseau Souffrance au travail ces situations sont courantes : "Le bore-out est juste un syndrome à l’anglo-saxonne de plus. Tout ceci résulte de la pathologie, qui existe depuis longtemps, de la 'placardisation' ou des postes qui disparaissent. Il y a encore quelque mois, cela s'appelait le harcèlement stratégique pour faire partir quelqu’un".

Pour la psychologue, "l'entreprise sait très bien quand elle a des salariés en sous-charge de travail, ou sur des métiers qui disparaissent ou encore avec des procédures tellement prescrites que le salarié s’ennuie".

Si le bore-out n’est pas nouveau, il a le mérite de remettre au gout du jour un problème récurrent. Dans un article du journal l’Humanité, Jean-Claude Delgènes, directeur du cabinet d’évaluation et de prévention des risques professionnels Technologia, expliquait que "le bore-out n’est pas un phénomène nouveau mais si on en parle peut-être un peu plus, c’est qu’il est de plus en plus utilisé comme un moyen de se débarrasser de gens sans en passer par un licenciement".

 

Céline Oziel
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