Publié le 11 janvier 2017

EMPREINTE SOCIALE

Formation professionnelle : le besoin "d'un outil puissant"

Trop de flexibilité, pas assez de sécurité. En pleine campagne électorale, l’Institut Montaigne a publié hier une étude promouvant un système de formation plus équitable. L’économiste Bertrand Martinot, co-auteur du rapport, préconise un Capital Emploi Formation pour remplacer le Compte personnel d’activité. Il presse les candidats à l'élection présidentielle de s’emparer du sujet. Entretien. 

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Pourquoi publier maintenant une étude sur le système de la formation en France ?

 

Pour qu’il émerge, notamment dans la campagne présidentielle. Je constate que sur le volet "sécurisation des parcours professionnels" il y a une demande sociale à laquelle les politiques n’ont pas encore répondu. Pour l’instant, les propositions politiques se concentrent sur la flexibilisation.

C’est un mouvement de fond compréhensible. Le plus évident, quand vous ouvrez le code du travail, est qu’il y a trop de réglementations, trop d’encadrement. Je ne reviens pas sur la nécessité d’assouplir considérablement le code du travail. Mais ce n’est que le premier temps du raisonnement. Il faut apporter une réponse à l’insécurité professionnelle engendrée par cette flexibilisation.

 

Cela passe par un remplacement du Compte personnel d’activité ?

 

Il n’est pas à la hauteur des enjeux. Le Compte personnel d’activité (CPA), comme son prédécesseur le Compte personnel de formation (CPF), ne donne droit qu’à des heures de formations. Ces formations sont fixées par les partenaires sociaux, vous devez donc les choisir sur des listes. C’est un mécanisme très bureaucratique et assez restreint.

Mais surtout, le CPA est sous-financé ! On y a dédié 1 milliard d’euros pour 20 millions de personnes. Cela revient à 50 euros par an et par personne. C’est très insuffisant.

Il ne faut pas un gadget mais un outil puissant, financé à hauteur de plusieurs milliards d’euros.

 

Que proposez-vous ?

 

Un Compte emploi formation (CEF). L’idée directrice du compte personnel d’activité d’attacher des droits à des personnes transférables d’un emploi à l’autre indépendamment du statut est la seule grande avancée. C’est donc un élément phare que nous gardons.

Le CEF serait géré directement par les bénéficiaires, sans bureaucratie sociale et ouvrirait des droits non seulement à la formation mais à tout type de prestation de reconversion : les conseils en évolution professionnelle, l’aide à la création d’entreprise, le coaching, etc.

Ce nouveau droit serait véritablement financé. Comment ? Via une cotisation sur les salaires qui recyclerait une partie des contributions dues par les employeurs à la formation professionnelle. C’est donc un capital constitué tout au long de la vie à flux constant.  D’autre part, nous prévoyons un capital attaché aux ruptures professionnelles comme un licenciement, la fin d’un CDD ou une rupture conventionnelle.

Bien sûr ce capital ne pourra être utilisé qu’à des fins de reconversion. Nous espérons que notre proposition sera débattue, contestée, critiquée et embellie.

Marina Fabre
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