Publié le 18 mars 2015

EMPREINTE SOCIALE

La BCE en pleine tourmente : émeutes à l’extérieur, rebellion sociale interne

Alors que des émeutes et des manifestations accompagnent mercredi 18 mars l’inauguration par la Banque centrale européenne (BCE) de son nouveau siège à Francfort, le ton monte également au sein de la puissante institution bancaire. La raison de cette colère sociale ? CDD à la chaîne, emploi abusif de l’intérim et pression hiérarchique menant au burn-out. C’est ce que révèle aujourd’hui le premier quotidien économique allemand, la Handelsblatt. La BCE ne fait pour le moment aucun commentaire.

Manifestation anti-austérité à Francfort, le 18 mars 2015, à proximité du nouveau siège de la BCE.
Claire Stam / Novethic

Une forteresse assiégée.

Protégée par un impressionnant dispositif - 8000 policiers déployés dans tout le centre ville - et un épais cordon de barbelés, la Banque centrale européenne (BCE) inaugure ce mercredi 18 mars son nouveau siège, deux tours de verre enlacées, dans les barricades : carcasses de voitures brûlées, odeur de fumée âcre, mais aussi décibels tonitruantes qui rythment les "no troika" scandés par les manifestants.

En tout, ce sont quelque 10 000 personnes qui ont suivis l’appel de Blockupy, une alliance de mouvements de protestation, syndicats et partis politiques, qui voient dans la BCE l'un des maîtres d’oeuvre de la politique d’austérité.

 

2344 employés... dont 1044 en CDD

 

Si la contestation bat son plein au pied du bâtiment flambant neuf, une fronde sociale interne est en train de naître au sein même de la BCE.

Le Handelsblatt, le principal quotidien économique en Allemagne, dévoile en effet dans sa dernière édition combien les conditions de travail à la BCE sont précaires.

CDD à la chaîne, recours massif à l’intérim, forte pression hiérarchique, heures supplémentaires non rémunérées, il ne fait pas bon travailler dans l’institution européenne. Un sondage conduit en 2014 par les délégués du personnel auprès des salariés montre qu’un salarié sur trois se plaint de burn-out. Et un autre tiers d’épuisement.

De fait, l’enchaînement des CDD procure à la hiérarchie un large pouvoir, selon les salariés de la BCE. Qu’elle n’hésite pas à exercer. "La hiérarchie sait que tu vas faire ton travail et que tu vas la fermer. C’est le principe du c’est à prendre ou à laisser", rapporte au Handelsblatt une salariée sous couvert d’anonymat.

Selon la BCE, sur les 2344 salariés qu’elle emploie, 1044 sont en CDD. Or, le Handelsblatt cite à titre de comparaison les 146 CDD de la Bundesbank, alors que la banque nationale allemande emploi un total de 10 038 salariés.

 

Vide juridique

 

L’institution européenne n’est pas soumise à la législation allemande du travail. "En principe, la BCE se contrôle elle-même", explique à la Handelsblatt Norbert Pflüger, avocat spécialiste du droit au travail. Elle n’est donc soumise à aucun cadre juridique national précis et c’est ce vide juridique qui exaspère les salariés de la BCE.

Ils sont maintenant 40% à avoir rejoint le syndicat Ipso, qui représente les salariés de la BCE.

L'institution prévoit quant à elle de conduire cette année son propre sondage auprès de ses salariés sur leurs conditions de travail. Une aberration pour le syndicat qui vient de lancer une importante campagne pour plus de démocratie interne.

Claire Stam, correspondante à Francfort
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