Publié le 08 août 2017

EMPREINTE SOCIALE

Dans le Mississippi, les salariés de Nissan ne veulent pas de syndicat

Appelés à voter pour ou contre la création d’un syndicat dans une usine américaine de Nissan, les salariés ont finalement décidé de s’y opposer. Un revers pour UAW, le puissant syndicat de l’automobile, qui cherche depuis plus de 10 ans à s’y implanter. En cause, selon l’organisation, une intense campagne de la direction contre la liberté syndicale.


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Ils ont finalement voté contre l’implantation d’un syndicat. Près de 60 % des 3 400 salariés autorisés à voter (environ la moitié des employés) de l’usine Nissan de Canton, dans le Mississippi aux États-Unis, ont refusé la création d’une section de l’UAW (Union of American Workers). Une décision saluée par la direction de l’usine. Dans un communiqué, celle-ci s’est félicitée de ce résultat "qui place le constructeur dans une position concurrentielle pour l'avenir" et demande en retour à l'UAW d'arrêter de vouloir syndicaliser les salariés.

Une décennie de bataille

Il s’agit d’un gros revers pour le puissant syndicat américain de l’automobile. Depuis des années, l’UAW assure que la direction de l’usine mène une intense campagne contre les syndicats. En juillet dernier, Gary Casteel, un représentant de l’UAW déclarait que Nissan avait mené "une des plus agressives campagnes anti-syndicats qu'on ait jamais vues dans l'histoire moderne américaine", allant jusqu’à parler de "harcèlement continu", notamment en direction des "travailleurs afro-américains", majoritaires dans la région. Le syndicat a aussi fait état de menaces de fermeture d’usine ou de licenciements en cas d’implantation d’un syndicat. Ce que Nissan a toujours démenti.

Dans un article de Novethic paru en mars 2016, des salariés témoignaient pourtant de l’ambiance anti-syndicale régnant à Canton : "Ils nous ont montré des photos d’usines qui avaient des syndicats et qui ont dû mettre la clé sous la porte. Ils ont laissé entendre que la même chose pouvait nous arriver", explique Evelyn Cage, une technicienne. "Tout a commencé dès le premier jour. Le directeur des ressources humaines nous a indiqué que nous n’avions pas besoin d’un syndicat, que les syndicats n’en avaient qu’après notre argent", témoigne une autre salariée.

Une région sinistrée

Mi-juillet, l’UAW avait tout de même réussi à organiser le vote. Dans un communiqué, Nissan déclarait ainsi : "Nous ne croyons pas qu'une représentation de l'UAW est dans le meilleur intérêt des salariés de Nissan-Canton et des gens qui y travaillent. Toutefois, c'est aux employés d'en juger". L’issu du vote, défavorable au syndicat, ne marque pas pour autant la fin de son action. "Nous n'abandonnons jamais", a assuré Michael Carter, l'un des employés soutenant la création de la section.

L’enjeu de ce vote était important car le cas n’est pas isolé dans cette région pauvre des États-Unis où les salaires, comme les conditions de travail, sont moins élevés que dans la région industrielle des grands lacs. Des conditions que recherchent aujourd’hui de plus en plus d’industries, dans le secteur automobile mais aussi de l’aéronautique. L’usine Nissan de Canton, qui compte 6 400 employés, génère à elle seule environ 25 000 emplois indirects dans la région.

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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