Publié le 10 mars 2017

EMPREINTE SOCIALE

À Berlin, des start-up pas si "cool"

Salaires de misère, burn-out, absence de contrat de travail... Derrière la façade "cool" des start-up berlinoises se cache une réalité où la responsabilité sociale des entreprises (RSE) n’a pas sa place. L’Allemagne dispose pourtant d’un arsenal législatif favorable aux salariés. Novethic est allé à la rencontre de ces employés.

Derrière la "cool attitude" des start-up berlinoise se cache une réalité moins rose, dans laquelle la responsabilité sociale des entreprises passe souvent au second plan.
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Pour Boris et Tina*, travailler pour une start-up à Berlin, c’était ça : avoir des responsabilités, participer aux prises de décisions stratégiques, évoluer au sein d’une hiérarchie horizontale, travailler en équipe... Mais quand ils parlent de leur ancienne entreprise – la start-up berlinoise GoButler, qui a entre-temps fait faillite – ils balaient d’un revers de la main le coté glamour largement entretenu par ces jeunes entreprises.

"L’atmosphère au travail était épouvantable", témoigne Tina. Bien sûr, les heures supplémentaires faisaient partie de leur quotidien. "C’est normal dans une start-up. À condition d’avoir des responsabilités et de pouvoir participer à la croissance de l’entreprise", précise-t-elle. Et chez GoButler ? "Nous n’avions aucune influence, aucune responsabilité. La direction avait concentré tous les pouvoirs tout en exerçant sur nous une énorme pression. Ce qui a généré beaucoup de tension chez les salariés", poursuit Boris. 

 

"Les mauvaises conditions de travail font partie du plan"

 

Le cas GoButler est-il isolé à Berlin ? Bert Stach est responsable du secteur IT au syndicat Verdi. Basé à Berlin, il suit les évolutions du secteur de près. Et son jugement est sans appel : "Trop souvent, nous avons l’impression que les mauvaises conditions de travail font partie du plan d’entreprise, élaboré par les patrons des start-up pour générer des bénéfices le plus rapidement possible." 

À Berlin, ces conditions de travail sont connues au sein du milieu. Et elles sont tues. Pourquoi cette loi du silence ? Pour Liam, ingénieur du web britannique, trois années de start-up berlinoise derrière lui, "les salariés sont prisonniers d’une mentalité : si l’entreprise dans laquelle tu trimes va finalement décoller, voire être rachetée, tu vas toucher le gros lot. En plus, tu as un titre gonflant et une carte de visite super cool..."

 

Les salariés européens "menés en bateau"

 

Boris et Tina sont allemands. Ils connaissent leurs droits et ont eu droit à des contrats de travail. Et donc à des allocations chômage une fois la start-up en liquidation judiciaire. Pour les salariés européens venus à Berlin, la situation est autrement plus précaire.

"J’ai attendu six mois avant d’avoir un contrat. C’est un détail important, parce qu’à Berlin, tu ne peux pas trouver de logement sans avoir de contrat. Du coup, j’ai fait du Airbnb pendant tout ce laps de temps", rapporte Florence, venue de France il y a maintenant un an.

"Notre patron a toujours trouvé des subterfuges pour ne pas rédiger de contrats, il était difficilement joignable ou peu présent dans les locaux, explique-t-elle. Il nous a bien mené en bateau : nous devions établir des factures pour être payés comme si nous étions des freelances. Cela signifie que si nous étions tombés sous le coup d’un contrôle fiscal, nous aurions eu de sérieux problèmes, mais pas lui. Et bien évidemment, cela lui permettait de nous renvoyer du jour en lendemain." 

 

800 euros pour 60 heures par semaines

 

Florence raconte le désarroi des salariés : "Nous venons d’Espagne, de Grèce, d’Italie ou de France. Des pays où nous n’avons pas de perspectives. Notre patron tire clairement avantage du fait que nous ne sommes pas allemands. Nous ne parlons pas la langue et nous ne connaissons rien à la législation du travail en vigueur dans le pays." 

Finalement, c’est seulement après avoir menacé de faire appel à un avocat que Florence s’est vu attribuer un contrat. Ce qui n’est pas le cas pour l’ensemble des salariés. "Certains travaillent entre 50h et 60h par semaine... pour 800 euros par mois. Alors que nous sommes tous diplômés, avec de l’expérience."

Pour Tina, Florence et Boris, ces abus ne prendront pas fin de sitôt. "Il y a tellement de concurrence ! Une start-up qui renvoie ses salariés du jour au lendemain est sûre de retrouver une main d’œuvre qualifiée prête à être payée au lance-pierre", observe Tina. "Les gens continuent d’arriver à Berlin en pensant trouver facilement du travail. C’est le cas, mais à quelles conditions", déplore Florence. 

 

* Tous les prénoms de cet article ont été modifiés

Claire Stam
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