Transition énergétique

Une nécessité pour lutter contre le changement climatique

La transition énergétique désigne le passage du système énergétique actuel, basé essentiellement sur les énergies fossiles, à un système énergétique basé sur les énergies renouvelables et la sobriété. Sachant que l’énergie est le principal poste d’émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, la transition énergétique est une nécessité absolue pour lutter contre le changement climatique.

  • 1. Qu’est-ce que la transition énergétique ?

    La transition énergétique désigne le passage du système énergétique actuel, basé essentiellement sur des ressources fossiles (pétrole, charbon et gaz), vers un mix énergétique utilisant principalement des énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, géothermie, hydraulique, etc.) en consommant moins de ressources énergétiques (sobriété) et en améliorant l’efficacité énergétique.

    Cela vaut pour l’ensemble des secteurs utilisant de l’énergie, c’est-à-dire le bâtiment, les transports, l’industrie, l’urbanisme, etc.

    La transition énergétique suppose donc une modification des modes de production de notre énergie, de l’industrie, mais aussi des produits qui la consomment (ex : les voitures) et de nos comportements.

    Le concept de transition énergétique est né dans les années 1980, en Allemagne et en Autriche (Energiewende), grâce à l'association allemande Öko-Institut, dans l'optique d'un abandon de la dépendance au pétrole et au nucléaire. En France, cette vision a notamment été reprise par Négawatt, qui présente depuis le début des années 2000 des scénarios énergétiques basés sur la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables, avec une expertise reconnue.

  • 2. Quel est le lien entre transition énergétique et climat ?

    L’énergie est le plus grand contributeur aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), du fait principalement de la production d’électricité, souligne le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), tout en précisant que ce secteur offre de très nombreuses options pour réduire ses émissions.

    Ainsi, 80% des émissions mondiales de CO2 sont dues à la combustion des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon…). Et ce alors que les émissions de CO2 sont responsables de 60% de l’effet de serre.

    La part de l’énergie dans les émissions mondiales de GES ne cesse de croître : entre 1990(année de référence du Protocole de Kyoto, l’accord précédant celui de Paris) et 2012, elle a progressé de 51%. Une croissance qui suit celle de la production énergétique mondiale.

    Pour comprendre le lien entre changement climatique et transition énergétique, la notion de budget carbone est également intéressante (voir question suivante).

  • 3. Qu’est-ce que le budget carbone ?

    Pour limiter le réchauffement global à +2°C d’ici la fin du siècle, il est nécessaire de ne pas dépasser un certain seuil d’émissions de gaz à effet de serre. Ce "budget carbone" est estimé par le GIEC à 1 000 Gt équivalent CO2 sur la période 2011-2100 si l’on veut avoir au moins 66% de chance de se limiter au 2°C. Cela équivaut à un peu moins d’une trentaine d’années d’émissions au rythme actuel.

    Sachant que, comme nous le disions plus haut, l’énergie est le principal poste d’émissions de GES, c’est sur les énergies fossiles qu’il faut agir en priorité. Pour ne pas exploser le budget carbone, des chercheurs américains (1) ont donc calculé qu’il faudra laisser le trois quarts des ressources de pétrole, de gaz et de charbon dans le sol (environ 30% du pétrole, près de 50 % du gaz et plus de 80 % du charbon). Et ce alors que la demande mondiale d’énergie devrait croître de 37% d’ici 2040, selon l’AIE. Il est donc nécessaire de développer les énergies renouvelables, tout en réduisant notre consommation énergétique.

    (1) The geographical distribution of fossil fuels unused when limiting global warming to 2 °C », Christophe McGlade et Paul Ekins.

    Voir aussi notre outil CarbonRisk pour une vue d’ensemble sur la menace que constituent les énergies fossiles pour le changement climatique et les engagements pris par les acteurs économiques pour prévenir ce risque.

  • 4. Les énergies renouvelables sont-elles compétitives ?

    Les énergies renouvelables ne comptent aujourd’hui que pour 23% de la production d’électricité mondiale contre 39% pour le charbon. Mais elles se développent bien plus vite que prévu, selon le dernier rapport de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) publié fin octobre.

    D'ici à 2021, elles devraient déjà compter pour 28% du mix électrique mondial. Une croissance tirée essentiellement par l’éolien et le solaire. Cette transition est en effet rendue possible grâce à la baisse spectaculaire des coûts dans les ENR. C’est particulièrement vrai pour l’éolien, dont le prix du mégawattheure a baissé d’un tiers entre 2010 et 2015, et pour le solaire dont le prix a chuté des deux tiers dans le même temps. Les raisons de cette baisse des prix : les coûts du capital et de construction en baisse, des investisseurs moins frileux, des contrats de long terme pour la vente de l'électricité produite ou encore des politiques avantageuses de certains pays.

    Malgré des disparités régionales, les deux énergies renouvelables les plus répandues sont désormais compétitives avec les énergies fossiles. En fonction des régions du monde, les prix varient aujourd’hui entre 60 et 80 dollars le mégawattheure pour le solaire et l'éolien terrestre. Mais sur certains gros projets, les prix peuvent chuter drastiquement. En septembre 2016 par exemple, un consortium asiatique a remporté un appel d’offre pour construire une centrale solaire de 350 MWh à Abu Dhabi avec une proposition de prix à 23 dollars le MWh.

    À titre de comparaison, le MWh produit par la centrale nucléaire d’Hinckley Point au Royaume Uni a été négocié avec EDF à 110 € (prix garanti sur 35 ans) le MWh. En revanche, les projections montrent qu’à terme le coût des énergies fossiles, gaz en tête, sera de moins en moins compétitif.

  • 5. Quelle est la place du nucléaire ?

    Le nucléaire est poussé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ou le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) comme l’une des solutions pour lutter contre le changement climatique, car il émet très peu de gaz à effet de serre. Si l’on se base sur le rapport " The Role of Nuclear Energy in a Low Carbon Energy Future " de l'OCDE de 2012, qui synthétise les résultats de nombreux travaux scientifiques, le charbon émet en moyenne 888 tonnes de CO2 par GWh produit, le gaz naturel 499 t/GWh et le nucléaire 29 t/GWh, soit à peu près l'équivalent des énergies les moins émettrices, tels l'hydraulique et l'éolien (env. 26 t/GWh).

    Cependant, les problèmes posés par la technologie poussent de nombreux experts à ne pas miser sur le nucléaire pour assurer la transition énergétique. Le GIEC lui-même reste très prudent en mentionnant sa faible part dans le mix énergétique mondial (environ 12%) ainsi que plusieurs obstacles et risques : sécurité opérationnelle (risque d’accident), gestion des déchets, accroissement des risques de prolifération, risques financiers et réglementaires ou encore une opinion défavorable des citoyens.

    D’autres technologies mentionnées par le GIEC ou l’AIE comme pouvant participer à la lutte contre le changement climatique sont également controversées comme le Captage et le stockage du CO2 (CSC).

  • 6. Comment l’Accord de Paris permet-il d’accélérer la transition énergétique au niveau mondial ?

    L’Accord de Paris fixe un objectif de limitation de la hausse de la température globale "nettement en dessous de +2°C par rapport aux niveaux préindustriels" et de poursuite des efforts jusqu’à 1,5°C. Cela suppose que les Parties "cherchent à parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais", puis à atteindre la neutralité carbone (précisément : "parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre") dans la 2ème moitié du siècle.

    L’Accord de Paris ne mentionne pas la transition énergétique en tant que telle : "la nécessité de promouvoir l’accès universel à l’énergie durable dans les pays en développement, en particulier en Afrique, en renforçant le déploiement d’énergies renouvelables". Cependant, Accord de Paris et transition énergétique sont inextricablement liés au vu des objectifs à atteindre.

    Par ailleurs, l’Accord de Paris rend obligatoire la production et la publication, par tous les pays, de contributions climatiques (NDC). Celles-ci sont des sortes de feuilles de route nationales pour atténuer le changement climatique et s’y adapter. Elles supposent donc de planifier une transition énergétique, plus ou moins forte en fonction des contextes nationaux et des capacités. Cependant, les contributions soumises dans le cadre de la COP21 sont insuffisantes pour espérer atteindre l’objectif de 2°C de l’Accord de Paris.

  • 7. Quelle transition énergétique dans les pays en développement ?

    Dans les pays en voie de développement, 60% de la hausse des émissions de CO2 depuis 1990 est attribuée à la progression du charbon dans le mix énergétique, souligne une étude du Commissariat général au développement durable datée de 2015. C’est notamment le cas de la Chine et de l’Inde, qui s’appuient fortement sur le charbon pour satisfaire leurs besoins croissants en énergie. Ces pays investissent donc aujourd’hui massivement dans les énergies renouvelables. La Chine est ainsi devenue le premier investisseur mondial dans l’éolien et le solaire.

    La transition énergétique est également un grand enjeu pour l’Afrique. Si le continent noir est celui qui émet le moins de gaz à effet de serre au niveau mondial, c’est notamment parce qu’une grande partie de la population a difficilement accès à l’énergie (en particulier à l’électricité). L’objectif est donc d’accroître sa production et sa consommation d’énergie en réduisant ses émissions de gaz à effet de serre. Un véritable défi, qui doit notamment passer par le développement des énergies renouvelables, sans passer par la case fossiles.

  • 8. Quelle transition énergétique en France ?

    La France s’est dotée d’une loi sur la Transition énergétique pour la croissance verte en juillet 2015, soit quelques mois seulement avant la COP21, dont le pays était l’hôte. Un texte porteur de grandes ambitions, en matière de sobriété énergétique, de promotion des renouvelables, de réduction de la dépendance au nucléaire, de rénovation des bâtiments ou de transports propres ou d’économie circulaire.

    Pour autant, le bilan actuel est moins flatteur.

    En 2014, la part des renouvelables dans la demande totale en énergie n’était que de 14,3% en France, qui se situait en seizième position parmi les vingt-huit États membres de l’Union européenne. À titre d’exemple, la Suède, première du classement, compte 52,6% d’énergies renouvelables dans son mix énergétique.

    Quant à la Programmation pluriannuelle de l’énergie, elle réitère bien l’objectif de réduction de 75% à 50% de la part de l’électricité tirée de l’atome à l’horizon 2025. Mais sans indiquer les moyens d’y parvenir (voir l’avis du CNTE).

    Concernant les bâtiments, l’objectif affiché par la loi de 500 000 rénovations par an à partir de 2017 reste "une gageure", selon les mots de l’OCDE. Et pour ce qui est des transports doux (Transports en commun, vélo, véhicules électriques), la loi reste trop focalisée sur les voitures électriques selon de nombreux observateurs.

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