Finance et climat

Flécher les financements vers une économie bas carbone

Les besoins de financement liés à la lutte contre le changement climatique et à la transition vers une économie bas carbone sont colossaux. Une partie grandissante du secteur financier se mobilise pour y répondre en vue de limiter l'exposition aux risques climatiques, mais aussi parce que la finance verte offre de véritables opportunités.

Présentation

Depuis septembre 2014, le centre de recherche de Novethic analyse la mobilisation des investisseurs engagés dans la lutte contre le changement climatique à travers le monde. Il classe en quatre grandes familles les stratégies adoptées, qui vont du désinvestissement d’énergies fossiles, comme le charbon, à l’engagement actionnarial envers les entreprises les plus productrices d’émissions de gaz à effet de serre, les financements verts, la mesure de l’empreinte carbone, puis la décarbonation des portefeuilles. Les investisseurs institutionnels pratiquent une seule ou plusieurs de ces techniques combinées entre elles.

Les moteurs de l’engagement de ces investisseurs sont multiples. Pour certains, c’est le risque carbone (lien vers la partie carbon risk) pesant sur les énergies fossiles. Pour d’autres, le développement de financements verts attractifs – comme les green bonds et, en France, les nouvelles obligations de reporting sur l’intégration de critères ESG et le risque climat lié à l’article 173 de la loi de TEE (lien vers le spécial article 173) – fait office de déclencheur.

Les études de Novethic

Elles permettent de décoder les liens entre finance et climat.

  • 1. Qui sont les investisseurs qui adoptent des stratégies climat ?

    On peut les classer en deux grandes catégories, liées à la notion d’investissement responsable. D’une part, les investisseurs éthiques, qui refusent d'investir dans le charbon et dans les entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre et excluent également l’armement, le tabac ou le jeu.

    D’autre part, les investisseurs de long terme, comme les fonds de pension et les assureurs, qui vont être exposés au risque carbone, c'est-à-dire à l’importante dépréciation financière des entreprises qui émettent le plus de gaz à effet de serre. Ils sont plus de 1 000 dans le monde. Le mouvement est particulièrement développé aux États-Unis et en Europe du Nord.

  • 2. Le désinvestissement, c’est quoi ?

    Il consiste à exclure de ses investissements les secteurs ou les entreprises les plus polluants, comme le charbon ou les sables bitumineux. Les ONG environnementales mènent de nombreuses campagnes ciblant les banques, les fondations, les grandes universités et les fonds de pension, pour les obliger à vendre leurs actions (par exemple celles des 200 entreprises les plus polluantes du monde, listées par le mouvement Go Fossil Free) en vue de réinvestir leur capital dans le financement des énergies renouvelables.

  • 3. En quoi consiste l’empreinte carbone des portefeuilles ? Comment la calculer ?

    Elle consiste à mesurer les émissions de carbone générées par les activités financées par un portefeuille donné. Pour calculer cette empreinte carbone (carbon footprint en anglais), on "évalue" les émissions que génèrent les entreprises détenues en portefeuille en fonction du volume d’actions détenues. Ce mode de calcul peut être adapté aux obligations ou à d’autres types de placements, comme l’immobilier. Concrètement, quand un investisseur détient des actions de compagnies pétrolières ou finance des centrales à charbon, il contribue à plus d’émissions de gaz à effet de serre que s’il investit dans des activités vertes, comme un parc d’énergies renouvelables.

    Les investisseurs sont de plus en plus nombreux en France à vouloir mesurer leur empreinte carbone, à cause des obligations de l’article 173 de la loi TEE. C’est pourquoi les agences de notation extra-financière élargissent leurs services à la mesure de l’empreinte carbone et adaptent leurs méthodologies, et qu’émergent de nouveaux acteurs spécialisés.

    Consulter l’étude Novethic "Notation extra-financière et empreinte carbone : acteurs et offres".

  • 4. Que signifie la décarbonation ou décarbonisation d’un portefeuille ?

    Une fois l’empreinte carbone établie et les entreprises les plus émettrices de carbone identifiées au sein de leurs portefeuilles, les investisseurs adoptent des stratégies de diminution du volume de ces émissions indirectes. Désireux de ne pas exclure a priori certains secteurs, ils privilégient l’investissement dans les entreprises les moins émettrices et limitent au maximum la détention d’actions d’entreprises très émettrices de gaz à effet de serre. Des indices boursiers dits "bas carbone" ont été développés par les fournisseurs d’indices pour répondre à cette demande spécifique des investisseurs.

  • 5. À quoi sert l’engagement actionnarial ?

    Il consiste à utiliser ses droits d'actionnaire, souvent au sein de coalitions, pour inciter les entreprises les plus carbo-intensives, énergies fossiles en tête, à faire évoluer leur business model. Ce mode d’action est particulièrement développé depuis le printemps 2015, où la quasi-totalité des actionnaires de BP et Shell ont demandé à ces deux compagnies pétrolières de développer une stratégie de résilience au changement climatique permettant de réduire drastiquement leurs émissions de gaz à effet de serre. Encouragé par l’Accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement climatique à 2 degrés à la fin du siècle, l’engagement actionnarial se fait plus pressant auprès des entreprises très exposées aux risques de transition vers une économie bas carbone.

    Consulter l’étude Novethic "L'essentiel sur les résolutions climat en AG".

  • 6. Des financements verts, pour quoi faire ?

    Quand les investisseurs décident de financer la transition vers une économie plus verte, ils choisissent d’investir dans des activités ayant un bénéfice environnemental mesurable. Il peut s’agir d’infrastructures d’énergies renouvelables – comme des parcs éoliens ou solaires –, de green bonds – c'est-à-dire des émissions obligataires que lancent des entreprises, des organisations internationales ou des collectivités locales sur les marchés financiers pour financer un projet ou une activité ayant un impact positif sur l’environnement –, ou encore des programmes d’efficacité énergétique – par exemple sur des actifs immobiliers.