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de Paris

Les points clés de l'accord international sur le climat issu de la COP21

Finance
& climat

Financer une économie verte et décarbonée

Risque
carbone

Menace sur la valeur financière des énergies fossiles

L’ESSENTIEL

Les entreprises sont concernées par le changement climatique

Si certains secteurs de l’économie, comme ceux de l’énergie ou des transports, sont fortement émetteurs des gaz à effet de serre (GES), toutes les entreprises sont affectées à plus ou moins grande échelle par le réchauffement climatique. Ce-dernier représente un coût pour toute la chaîne de valeur économique, partout à travers le monde. C’est pourquoi de nombreuses entreprises travaillent aujourd’hui à réduire leurs émissions de GES.


QUESTIONS

1. Quel est le coût du changement climatique pour le secteur économique ?

Face au changement climatique, le coût de l’inaction sera bien plus élevé que celui de l’action. C’est ce qu’affirme l’économiste Nicholas Stern. Ses travaux, étudiant les impacts du réchauffement global sur le climat, font aujourd’hui autorité. Et ne sont pas contestés.

En 2006 Nicholas Stern estimait que ne rien faire face au changement climatique coûterait entre 5 et 20 % du PIB mondial. L’immobilisme coûterait donc au monde entre … 3 500 et 15 000 milliards de dollars ! A titre de comparaison, la crise des subprimes (crédits hypothécaires) venue des Etats-Unis avant de se mondialiser n’a coûté « que » 2 800 milliards de dollars.Si ce rapport a été critiqué, il n’en demeure pas moins fondateur.

Depuis, d’autres études, menées par le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) mais aussi par des grandes banques, ont abouti aux mêmes conclusions.

2. Quel est le rôle des entreprises dans le changement climatique ?

Selon le GIEC, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, en particulier celles de CO2 dues aux combustibles fossiles et aux changements dans l’affectation des terres (déforestation) constituent l’origine principale du réchauffement climatique. En d’autres termes, les entreprises sont responsables d’une partie du problème.

Selon une étude publiée en 2013 par la revue Climatic Change et intitulée « Tracing anthropogenic carbon dioxide and methane emissions to fossil fuel and cement producers, 1854–2010 », 90 multinationales seraient responsables des 2/3 des émissions de CO2 et de méthane entre 1854 et 2010 (914 milliards de tonnes d’équivalent Co2). Parmi ces entreprises, beaucoup de grands pétroliers/gaziers et de cimentiers encore en activité aujourd’hui : BP, Exxon, Chevron, Saudi Aramco, Gazprom, ENI, Statoil ou encore Total.

Par ailleurs le méthane et le protoxyde d’azote, des gaz à effet de serre très puissants, sont également émis par le secteur agricole.

3. Comment les entreprises sont-elles affectées par le changement climatique ?

Face au changement climatique, les acteurs économiques sont en première ligne. La raréfaction de l’eau et des matières premières, la hausse du niveau de la mer, les évènements climatiques extrêmes et la disparition accélérée de la biodiversité (espèces végétales et animales) menacent directement le modèle économique des entreprises.

Aucun secteur ne sera épargné. Pour un grand nombre d’entre eux, ces menaces sont déjà clairement identifiées. L’on peut citer, à titre d’exemple, la sécheresse redoutée par les agriculteurs ou la multiplication des cyclones ou autres typhons, particulièrement craints par les professionnels du tourisme.

En éludant la question climatique, les entreprises prennent un risque financier considérable. Le groupe AXA, numéro 1 mondial de l’assurance, estime que les « évènements naturels majeurs » – les catastrophes naturelles pour être clair – ont quintuplé au cours des 50 dernières années. Leur coût pour la société civile a même été multiplié par 10.

Toujours selon AXA, rien que pour l’Hexagone, les indemnisations liées aux phénomènes climatiques se sont élevées à 30 milliards d’euros ces 20 dernières années. Et pour les 20 prochaines, il devrait être de 3,5 milliards d’euros par an.

4. Les entreprises sont-elles affectées de la même manière ?

Non, chaque secteur est affecté de façon différente. Certains secteurs comme l’agroalimentaire vont être davantage touchés par le manque d’eau ou la baisse des rendements agricoles, d’autres comme l’industrie pharmaceutique vont être affectés par la perte de biodiversité et les transports ou les industries extractives seront plus vulnérables aux évènements climatiques extrêmes tels que les inondations, ouragans, températures très froides ou très chaudes, sécheresses, qui vont se multiplier. C’est pourquoi le GIEC a étudié les impacts sur plusieurs secteurs économiques dans son cinquième rapport d’évaluation. Des fiches expliquant comment différents secteurs – agriculture, transports, énergie, bâtiment, industries extractives sont affectés et la façon dont ils peuvent limiter leurs émissions de gaz à effet de serre sont disponibles sur internet

5. Comment les entreprises peuvent-elles lutter contre le changement climatique ?

Il existe de nombreux outils et démarches à la disposition des entreprises. Ils permettent à la fois de s’adapter au changement climatique et de réduire l’impact des entreprises.

  • Mesurer les émissions de gaz à effet de serre : il s’agit de mesurer l’empreinte carbone d’une entreprise. Une empreinte carbone qui doit également inclure les activités des éventuels sous-traitants.
  • Fixer un prix interne du carbone : donner un prix suffisamment élevé à la tonne de CO 2 en interne permet d’influer de manière efficace sur les décisions stratégiques de l’entreprise.
  • Intégrer le risque climatique dans la planification stratégique : des activités clés de l’entreprise peuvent-elles être touchées par de nouvelles réglementations climatiques (ex : lois sur la qualité de l’air aux Etats-Unis) ou un renforcement de la fiscalité verte ? Des questions qui méritent d’être soulevées avant toute prise de décision.
  • Utiliser les énergies renouvelables : le coût des énergies vertes est aujourd’hui sensiblement le même que celui des énergies fossiles. Mieux, il est même en baisse constante depuis 10 ans. Utiliser les énergies renouvelables est à la fois salutaire pour le climat et pour les comptes de l’entreprise.

6. La lutte contre le changement climatique peut-elle représenter une opportunité pour certaines entreprises ?

Oui. Celles qui prennent dès à présent en compte le risque climatique dans leur stratégie auront clairement une longueur d’avance sur leurs concurrentes car elles auront intégré son coût (ex : par le biais d’un prix du carbone interne) et parfois anticipé des règlementations pouvant affecter leurs activités (ex : normes règlementant les émissions de CO2 pour les véhicules) mais aussi réfléchi à des alternatives pour leur production (ex : réduction de la consommation d’énergie nécessaire) et la distribution (ex : circuits courts) de leurs produits. D’autres entreprises ont plus directement à y gagner : celles qui apportent des solutions d’efficacité énergétique aux autres entreprises ou aux particuliers ou les fournisseurs d’énergies renouvelables par exemple.

7. Pourquoi certaines entreprises appellent-elles à un prix du carbone ?

Depuis 2014, de nombreuses entreprises, partout dans le monde, appellent à la fixation d’un prix du carbone à l’échelle mondiale, sans forcément en préciser la nature (par le biais d’une règlementation, d’un marché d’échange de quotas ou d’une taxe) ni le montant. Parmi ces entreprises, des fabricants d’énergies renouvelables mais aussi des cimentiers, des pétroliers ou des gaziers, fortement émetteurs de gaz à effet de serre. Certains ont d’ailleurs déjà fixé un prix du carbone au sein de leur propre société. Pourquoi ? Pour éviter les fuites carbone par exemple. Actuellement en effet certaines régions sont davantage soumises que d’autres à des règlementations ou des marchés carbone, ce qui fait craindre aux entreprises des délocalisations dans des pays moins disant sur ces questions. Autre avantage : flécher les investissements vers les technologies bas carbone qui restent, pour certaines, encore un peu plus coûteuses que les technologies classiques. Gérard Mestrallet, le président-directeur général d’Engie (ex-GDF Suez), compare ainsi le prix du carbone à une « boussole » pour l’entreprise.

L’accord lui-même ne mentionne pas le prix du carbone. Mais dans la partie réservée aux acteurs non étatiques, la Décision de la COP –dont l’accord est une annexe-, « reconnaît aussi combien il importe de fournir des incitations aux activités de réduction des émissions, s’agissant notamment d’outils tels que les politiques nationales et la tarification du carbone ».

8. Existe-t-il des mouvements ou coalition d’entreprises sur la question climatique ?

Oui. De nombreuses coalitions voient le jour au niveau mondial pour que les entreprises réfléchissent à des modes d’actions communs ou partagent leurs expériences sur ce sujet.

On recense notamment :

Le Climate Group qui fait travailler ensemble entreprises, Etats et collectivités locales pour promouvoir les règlementations et technologies sobres en carbone.

We mean business qui regroupe les organisations les plus actives pour pousser les entreprises à adopter des politiques plus ambitieuses pour le climat : The Climate Group, BSR, The B team ou le World Business Council for Sustainable Development (WBCSD) ainsi que des investisseurs engagés dans la prise en compte du changement climatique dans leurs investissements.

Certaines organisations comme le CDP (ex-Carbon Disclosure Project) proposent aussi aux entreprises de prendre une série d’engagements climatiques. C’est le sens de Road to Paris qui compte plus d’une centaine d’entreprises s’engageant à être des leaders climatiques en adoptant au moins une de ces six mesures : objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre, approvisionnement à 100% en énergies renouvelables, engagement d’achats durables évitant la déforestation, reporting des émissions de GES, engagements publics sur le climat et adoption d’un prix du carbone interne.

L’accord lui-même ne mentionne pas le prix du carbone. Mais dans la partie réservée aux acteurs non étatiques, la Décision de la COP –dont l’accord est une annexe-, « reconnaît aussi combien il importe de fournir des incitations aux activités de réduction des émissions, s’agissant notamment d’outils tels que les politiques nationales et la tarification du carbone ».

9. Quel est le rôle des entreprises dans les négociations climatiques internationales ?

Les entreprises ne sont pas des acteurs officiels des négociations, réservées aux seuls Etats ou Parties (ex : Union européenne). Cependant les entreprises y ont un statut d’observateur au même titre que les ONG, sous la bannière BINGO (Business and industry non-governmental organisations.). Dans ce cadre, elles peuvent se coordonner pour faire valoir le point de vue du secteur privé et discuter de façon informelle avec les représentants de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) et les représentants des autres groupes, Etats ou encore journalistes.

Les entreprises peuvent aussi être sponsors des Conférences des Parties. Une pratique qui permet au pays organisateur de se décharger d’une partie du financement ou de proposer des services supplémentaires (ex : flotte de voiture électrique pour les négociateurs) mais décriée par les ONG environnementales qui y voient une influence grandissante du secteur privé sur les négociations.

10. Quelle place est réservée aux entreprises dans l’accord de Paris ?

Si l’accord de Paris est bien négocié et destiné aux Etats, les entreprises ont quand même une petite place dans la décision de la COP (dont l’accord est une annexe) en tant qu’ « acteurs non étatiques » ou « entités non parties ». Le texte salue ainsi les « efforts déployés par toutes les entités qui ne sont pas les Parties afin de faire face et de répondre aux changements climatiques, y compris ceux de la société civile, du secteur privé, des institutions financières, des villes et des autres autorités infranationales ». Et les invitent à « amplifier leurs efforts et à appuyer des mesures destinées à réduire les émissions et/ou renforcer la résilience et diminuer la vulnérabilité aux effets néfastes des changements climatiques », ainsi qu’ « à faire état de ces efforts par le biais du portail des acteurs non étatiques pour l’action climatique » comme le portail NAZCA ou LPAA.

Au-delà de l’accord lui-même, le secteur privé s’est en effet largement mobilisé pendant cette conférence climatique. Au total, 450 entreprises, rassemblées au sein de « Caring for Climate », la plus grande coalition d’entreprises engagées sur le climat, ont défini des objectifs précis pour réduire leur empreinte carbone. Depuis 2013, l'initiative a permis une baisse des émissions de CO2 de 12 %.

Plusieurs initiatives ont également été lancées ou renforcées pendant la COP, en marge des négociations. C’est le cas de RE100, une initiative lancée en 2014 qui vise à ce que les entreprises s’approvisionnent à 100 % en énergies renouvelables. Elle regroupe désormais 53 entreprises.


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