Impact du diesel sur la santé : une étude du CNRS de 1997 enterrée

Publié le mercredi 30 mars 2016 à 12h00

Selon une enquête de nos confrères du Monde, une étude collective (40 experts) du CNRS donnait l’alerte sur le lien entre particules fines résultant de la combustion du diesel et risques de cancers …dès 1997.

Cette étude n’a tout simplement jamais été publiée. Elle n’a fait l’objet que d’un communiqué de presse diffusé en plein mois d’août de l’année suivante, et n’évoquant aucun des risques sanitaires soulevés par le rapport lui-même. "L’action mutagène et génotoxique [qui peut provoquer des dommages à l’ADN] des émissions diesel a été démontrée in vitro, écrivaient pourtant les auteurs dans leur rapport. A long terme, chez le rat, [elles] induisent la formation de tumeurs pulmonaires (...). Il semble que les particules soient plus particulièrement responsables de cette carcinogénèse".

Les scientifiques s’étaient appuyés sur 25 études épidémiologiques dont 22 montraient un risque accru de cancer du poumon pour les personnes exposées aux fumées de diesel. "J’ai présenté les principales conclusions en comité de direction du CNRS et je me souviens de réactions assez négatives", explique Pierre Tambourin, à l’époque directeur du département des sciences de la vie du CNRS, interrogé par le quotidien. "Le rapport impliquait que les véhicules diesel soient tous équipés de filtres. Or à l’époque cette solution était économiquement viable pour les gros véhicules, pas pour les véhicules particuliers. Certains ont vu ce rapport comme une menace pour notre industrie automobile".

En 2013, l’Organisation mondiale de la santé a classé les échappements des moteurs diesel dans la catégorie des "cancérogènes certains" pour l’homme.

Concepcion Alvarez