Publié le 06 janvier 2015

SOCIAL

"Les femmes se montrent particulièrement sensibles au droit et à l’éthique"

En novembre 2014, l’agence de notation extrafinancière MSCI ESG Research a publié son étude annuelle sur la féminisation des conseils d’administration. L’agence s’est intéressée à la corrélation entre féminisation et risques ESG (environnement, social et gouvernance). Bilan: les conseils d’administration "mixtes" sont moins confrontés à des scandales de gouvernance tels que la corruption, la fraude et les conflits d’actionnaires. Viviane de Beaufort, professeure a l’Essec, fondatrice des programmes Women Essec et experte en gouvernance, explique pourquoi mixité des conseils peut rimer avec éthique.

Viviane de Beaufort, professeure a l’Essec, fondatrice des programmes Women Essec et expert en gouvernance.
© DR

Novethic: Selon MSCI, les conseils qui ont une diversité des genres ont moins de cas de scandales de gouvernance, comme la corruption, la fraude, et les batailles d’actionnaires. Est-ce ce que ce constat vous étonne?

Viviane de Beaufort: Cela ne m’étonne guère et m’enchante! Les travaux que j’ai pu mener démontrent une attente des administratrices qui projettent un modèle de gouvernance idéalisé. On peut l’expliquer par le fait que, pour elles, l’intégration dans les "boards" ("conseils", NDLR) ne va pas de soi: les femmes sont en conquête de cet espace nouveau de gouvernance, lieu de pouvoir et de décision. Et elles ont des attentes fortes qui ne s’arrangent pas de compromissions.

Par ailleurs, lors de leur parcours, elles ont la plupart du temps développé des aptitudes particulières à la médiation afin d’éviter des conflits directs où elles sont en infériorité, ne serait-ce que sur un plan physique: agressivité, ton de voix, menaces gesticulatoires... Aussi ont-elles l’art d’aborder les problèmes de manière plus apaisée…

 

Novethic: De même, l’étude montre que les grandes entreprises qui opèrent dans les paradis fiscaux comptent moins de femmes dans leur conseil d’administration…

Viviane de Beaufort: Oui, en effet… Cette vision idéalisée du rôle du Conseil et de ses responsabilités, la mission de l’intérêt général et la vision de long terme, les conduit a être moins tolérantes à l’égard de décisions qui pourraient être limites vis-à-vis de l’éthique.

 

Novethic: Vous qui accompagnez certaines de ces femmes sur des mandats d’administratrices, voyez-vous chez elles un intérêt poussé pour les questions d’éthique?

Viviane de Beaufort: Oui, cent fois oui ! Alors que la composition de chaque promotion varie, chaque fois, nous avons de riches débats sur la question. Les cours abordent ce sujet de manière détaillée et transversale: respect des règles, codes de conduite, mais aussi morale personnelle… Des témoignages d’administratrices ayant connu des situations de conflit d’intérêts, scandales, viennent également enrichir les échanges.

 

Novethic: Finalement, ces résultats sont-ils une question de genre? Ou bien simplement les conséquences d’un renouveau dans les conseils, qui sont amenés à faire évoluer leurs pratiques historiques ?

Viviane de Beaufort: Les études récentes démontrent qu’il existe bel et bien une approche "genrée". Entendons-nous, non liée au sexe, mais aux stéréotypes d’un système masculin majoritaire qui conduit la minorité (les femmes) à se montrer particulièrement sensible au droit et à l’éthique, car elles ont intégré que la loi est un rempart contre la discrimination.

Elles vont donc assez naturellement, non par ADN, mais par construction personnelle, respecter et faire respecter. Les "petits arrangements entre amis" ne sont pas leur tasse de thé. Pour cette raison, elles peuvent être taxées de "rigides", mais elles doivent conserver cette position qui fait évoluer tout le système, avec des dirigeants ayant réalisé que le changement est nécessaire. 

Propos recueillis par Céline Oziel
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