Publié le 29 novembre 2016

SOCIAL

Comment passer à l’action contre le sexisme ordinaire au travail ?

D’un côté la loi, de l’autre la réalité. Une femme salariée sur deux a déjà "vécu une situation de délégitimation" fondée exclusivement sur son sexe. Blagues, attitudes humiliantes… Les agissements sexistes sont pourtant interdits par le Code du travail. Mais les entreprises ont du mal à y faire face. Pour les y aider, le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes a publié, le 24 novembre, un kit pour lutter contre le sexisme au travail

Blagues déplacées, propos malveillants, attitudes dégradantes ou humiliantes fondées sur le sexe, le sexisme ordinaire en milieu professionnel doit désormais être intégré au règlement intérieur des entreprises.
Raxpixel / iStock

Comment identifier et lutter contre le sexisme ordinaire en milieu professionnel ? Depuis le 17 août 2015, le Code du travail sanctionne tout "agissement sexiste". Comprenez les blagues déplacées – "elle fait sa blonde !" –, les propos malveillants – "elle a dû coucher pour avoir ce poste" –, les attitudes dégradantes ou humiliantes fondées sur le sexe. Une notion que les entreprises doivent intégrer dans leur règlement intérieur depuis la loi du 8 août 2016.

Selon une nouvelle enquête* du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) publiée le 24 novembre, une femme non cadre sur deux a déjà été confrontée au sexisme au travail, en tant que témoin ou cible. La grande majorité (81%) évitent de porter certaines tenues vestimentaires, de croiser certains collègues, ne prend pas la parole en public, bref, adoptent une conduite d’évitement. Pourquoi ? Pour ne pas avoir à affronter des propos ou comportements sexistes. 

 

Bilan alarmant

 

Une "enquête de perception" au "bilan alarmant" estime la ministre du Travail, Myriam El Khomri. "Ces actes sexistes tissent une sorte de filet invisible qui limite le potentiel d’innovation et d’épanouissement des femmes." 

En 2013, le CSEP avait interrogé 15 000 cadres sur leur perception du sexisme ordinaire. Là aussi, les femmes n’étaient pas épargnées. "Le sexisme sévit partout, dans toutes les catégories professionnelles", rappelle Brigitte Grésy, Secrétaire générale du CSEP. 

Cette année, plus de la moitié des femmes non cadres questionnées disent avoir été marginalisées lors de temps collectifs, ne pas avoir été écoutées lors de réunion, avoir subi des coupures incessantes de la parole, s’être vu confiées des tâches dévalorisantes… Autant "d’agissements sexistes" qui les freinent dans leur carrière professionnelle. 

 

"La loi ne peut rien sans l’engagement des entreprises"

 

Mais l’ont-elles signalé à leur hiérarchie ? 63% des victimes de sexisme n’ont pas réagi. Pourquoi ? Autant par peur de représailles que par résignation. "Cela ne sert à rien", estiment la majorité d’entre elles. Celles qui font le choix de briser le silence "ne sont pas prises au sérieux, indique le CSEP. Leur parole est remise en question." 

Pour y remédier, pour briser l’omerta, le CSEP a publié un "kit pour agir contre le sexisme". Rappel de la loi, prise en charge et accompagnement des victimes, sensibilisation des salariés, formation des managers… Les leviers pour lutter contre le sexisme sont nombreux. "La loi ne peut rien sans l’engagement des entreprises", souligne Myriam El Khomri. "Ces agissements sexistes justifient les inégalités professionnelles, renchérit la ministre des Droits des Femmes, Laurence Rossignol. L’un et l’autre se nourrissent." 


Les principaux leviers pour lutter contre le sexisme en milieu professionnel : 

- Construire un programme d’action

- Définir clairement les actes prohibés

- Mettre en place une politique de prévention du sexisme

- Intégrer la lutte contre le sexisme dans le dialogue social

- Sensibiliser le personnel à la question du sexisme

- Prendre en charge les victimes et traiter les situations de sexisme

- Instaurer une vigilance sur l’éventuelle présence de stéréotypes de sexe

- Procéder à des évaluations régulières  

 

* Plus de 10 000 femmes et hommes non cadres de huit grandes entreprises (Air France, BNP Paribas, Casino, Orange, Total, Solvay, Veolia, Suez) ont répondu à cette enquête.

Marina Fabre
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