Publié le 08 janvier 2014

SOCIAL

Cambodge : les ouvriers du textile réclament une hausse des salaires

Après le Bangladesh, ce sont les ouvriers cambodgiens qui ont battu le pavé pour réclamer des hausses de salaires. Les manifestations de ces derniers jours se sont soldées par une répression violente du gouvernement, tuant une femme et blessant des dizaines de personnes. Le 7 janvier, les travailleurs ont repris le chemin des usines mais les syndicats du textile n'ont pas dit leur dernier mot.

Des ouvriers cambodgiens manifestent pour le respect des droits humains, à Phnom Penh en décembre 2014.
Tang Chhin Sothy / AFP

Les progrès, certes relatifs, obtenus par les ouvriers du Bangladesh en novembre 2013 ont, semble-t-il, créé une émulation chez les ouvriers du textile. Au Cambodge, les petites mains du secteur sont passées à la vitesse supérieure pour obtenir, elles aussi, une revalorisation de leur salaire minimum, encore très éloigné du montant du salaire vital, qui leur permettrait de vivre décemment.

Alors que des protestations ont déjà eu lieu au printemps 2013, un mouvement de grève de grande ampleur a démarré le 26 décembre avec plus de 300 000 ouvriers qui sont descendus dans la rue pour réclamer un salaire de 160 dollars par mois, au lieu des 80 dollars mensuels qu'ils touchaient jusqu'alors.

En réponse à cette large manifestation qui a envahi les rues de la capitale Phnom Penh, couplée à la fermeture de centaines d'usines, le gouvernement a cédé très légèrement en promettant un salaire de 95 dollars par mois à partir du mois d'avril prochain. Une somme jugée largement insuffisante par les syndicats du textile, les ONG et le principal parti d'opposition le CNRP, qui œuvre sur le terrain pour donner de l'ampleur au mouvement de protestation. Cet élan contestataire intervient alors que les élections législatives qui ont lieu en juillet dernier sont contestées par l'opposition, qui dénonce de larges fraudes.

 

Des exportations en hausse de 22%

 

Comme au Bangladesh, l'industrie du textile est le moteur principal de l'économie du Cambodge. Le secteur représente 90 % des exportations du pays et emploie 400 000 personnes. Selon le ministère cambodgien du Commerce, les exportations de textile et habillement ont grimpé à plus de 5 milliards de dollars entre janvier et novembre 2013, soit une hausse de 22 %. L'essentiel de ces produits prennent la direction des Etats-Unis (1,96 milliard de dollars) et de l'Europe (1,81 milliard de dollars).

Face aux ventes croissantes enregistrées par l'industrie du textile, les ouvriers réclament désormais leur dû. Selon Asia Floor Wage, une association de syndicats et de défenseurs du droit du travail, le salaire décent pour les travailleurs cambodgiens se situe à 283 dollars par mois. Loin donc des 160 dollars visés par les manifestants ces derniers jours...

Pourtant, les ouvriers n'ont pas dit leur dernier mot, à en croire Ken Chheanglang, le vice-président de NIFTUC (National Independent Federation Textile Union of Cambodia), qui a déclaré dans le Wall Street Journal du 6 janvier : "Nous ne voulons pas voir plus de vie perdues à cause de la violente répression. Nous appelons les ouvriers à retourner d'abord au travail gagner leur salaire, et nous déciderons ensuite de notre prochaine stratégie".

 

La grogne gagne aussi Haïti

 

Le mouvement initié au Bangladesh fait donc boule de neige, et pas uniquement au Cambodge. A Haïti, les ouvriers du textile sont également montés au créneau. On le sait moins, mais le textile représente 90 % des exportations du pays selon la Banque de la République d'Haïti. Les 31 000 travailleurs de cette industrie touchent, depuis peu, un salaire horaire minimum de 225 gourdes (3,73€), contre 200 gourdes (3,73€) précédemment.

Malgré cette augmentation concédée par le Conseil supérieur des salaires, plusieurs centaines d'ouvriers haïtiens ont manifesté à Port-au-Prince en décembre dernier pour réclamer un salaire minimum de 500 gourdes (9,32€). Le mouvement est parti pour durer, comme le laisse penser un ouvrier qui s'est confié au média haïtien AlterPresse: "Pour ces 500 gourdes, on est prêt à mourir !".

 

H&M veut augmenter les salaires des ouvriers

 

Surtout, la période de tension qui prévaut actuellement dans ces usines asiatiques ramène les marques de mode à leurs responsabilités. En imposant une lourde pression tarifaire sur leurs fournisseurs, elles participent aux faibles niveaux de rémunération. Récemment, H&M a entrepris une nouvelle politique sur ce sujet : la marque suédoise a présenté son plan d'action, baptisé  "Fair Living Wage", pour augmenter le salaire de 850 000 ouvriers à travers le monde d'ici à 2018. Et, pour cela, la firme est prête à augmenter ces prix de vente.

Helena Helmersson, directrice du développement durable de H&M, explique au Figaro : "Cette augmentation est une piste parmi d'autres pour atteindre nos objectifs. Nous disposons d'autres marges de manœuvre, notamment dans nos pratiques d'achats, moyens logistiques, choix des matières premières ou volumes". Le fait qu'un mastodonte de la mode prenne un tel engagement ouvre la voie vers une meilleure rétribution des premiers maillons de la chaîne de fabrication.

Céline Oziel
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