Publié le 05 décembre 2017

ISR / RSE

One Planet Summit : Accélérer le désinvestissement des énergies fossiles

À quelques jours de la semaine sur la finance climat articulée autour du One Planet Summit, Novethic publie un mode d’emploi sur le divest-invest. Il s’agit de la réorientation des actifs financiers carbonés vers l’économie verte. De nombreux investisseurs, représentant 5 500 milliards de dollars, se sont déjà orientés dans cette voie.

Le désinvestissement du charbon est devenu la règle pour les investisseurs responsables.

Le 12 décembre, Paris hébergera le One Planet Summit, le sommet sur la finance climat, voulu par Emmanuel Macron. Il s’agit de faire entrer l’Accord de Paris dans l’économie réelle. "Pour cela, il faut tout changer avant 2020 qui est le point de bascule pour le climat", explique Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic, à l’occasion d’une conférence en amont de cet événement.

Tout changer, cela veut dire, pour les investisseurs, "identifier les actifs bruns (les actifs carbonés, ndlr) non climato-compatibles des portefeuilles d’actifs pour les allouer vers des technologies et des industries promotrices de solution bas carbone", traduit Dominique Blanc, directeur de la recherche de Novethic. C'est le "divestment" ou désinvestissement en français. Ce mouvement est de plus en plus suivi par les assureurs et les banques. Les investisseurs qui se sont engagés dans cette voie représentent déjà 5 500 milliards d’actifs, au rang desquels on trouve Axa, la Caisse des dépôts, CalPers…

Première cible : le charbon

Mais ce n’est pas un travail aisé. Déjà en 2013, Al Gore, l’ancien vice-président américain devenu champion du climat, reconnaissait "que désinvestir puisse être compliqué et difficile pour de nombreux détenteurs d’actifs. Une telle transition pourrait être échelonnée sur plusieurs années et il y a des gradations". C’est pour aider dans cette démarche que Novethic publie une étude "Divest-Invest Mode d’emploi" afin que les investisseurs identifient le champ des possibles pour réinvestir dans l’économie verte.

Sortir du charbon devient la règle. Selon l’ONG UnfriendCoal, 15 grands assureurs ont ainsi retiré plus de 20 milliards de dollars du charbon depuis 2015. Et de nombreux investisseurs choisissent de ne plus investir dans des entreprises dont les revenus proviennent trop du charbon. "Le seuil d’exclusion de 30 % est un standard de marché minimum", indique l’étude. Même si l’interprétation de ces seuils varie d’un acteur financier à l’autre.

Dans un second temps, de grandes banques comme BNP Paribas excluent désormais l’exploitation et la distribution des énergies non conventionnelles (sables bitumineux, gaz et pétrole de schiste et de l’Arctique). Et des fonds de pension, comme le fonds norvégien (le deuxième plus grand fonds souverain du monde), réfléchissent à retirer les hydrocarbures de leurs investissements ! "Historiquement, sortir des fossiles était une question d'éthique ou de climat. Aujourd'hui c'est une question de modèle économique intenable", assure Dominique Blanc.

Investir à travers les Green Bonds

Enfin, reste le cas du désinvestissement des entreprises les plus risquées au cas par cas. AP7, le principal fonds de pension suédois, a par exemple choisi de désinvestir de six entreprises qui violaient l’Accord de Paris, dont ExxonMobil, Gazprom et Transcanada. Mais l’étude précise que le désinvestissement ne se limite pas aux producteurs d’énergies fossiles. Le gestionnaire de retraites néerlandaises, PGGM, a annoncé par exemple un désinvestissement des pires entreprises dans le secteur miniers, de l’énergie et de l’acier.

Désinvestir des fossiles c’est bien, mais investir vert c’est encore mieux ! Bâtir un monde décarboné suppose d’investir avec la plus grande urgence dans une économie bas carbone, donc dans de nouvelles infrastructures, une agriculture d’un autre genre et bien sûr dans les énergies renouvelables. C’est ce que permettent notamment les Green Bonds émis par les entreprises, les États ou les collectivités. Ces obligations vertes ont le vent en poupe. Fin 2017 il s’en sera émis plus de 130 milliards de dollars. Un record… même si cela représente 0,1 % du marché obligataire.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin et Béatrice Héraud @beatriceheraud


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