Publié le 27 novembre 2017

ISR / RSE

Le One Planet Summit doit faire entrer l’Accord de Paris dans l’économie réelle, selon Laurence Tubiana

Le 12 décembre à Paris, se tiendra le One Planet Summit, un sommet international sur le climat. Selon Laurence Tubiana, l’une des grandes architectes de l’Accord de Paris lors de la COP21, ce rendez-vous est l’occasion de faire entrer cet accord dans l’économie réelle, en y intégrant des secteurs encore peu engagés et en s’appuyant sur le monde de la finance. 

Laurence Tubiana, actuelle présidente de l'European Climate Foundation, a été négociatrice pou la France lors de la COP21.
MEDDE

"Le One Planet Summit ouvre une nouvelle phase de l’Accord de Paris", assure Laurence Tubiana, présidente d’European Climate Foundation et ambassadrice française pour les négociations climatiques lors de la COP21 en 2015. Selon elle, ce rendez-vous du 12 décembre à Paris, voulu par Emmanuel Macron, est la première étape d’une nouvelle série de rendez-vous internationaux sur le climat (1). Ils conduiront les États jusqu’en 2020, date à laquelle ils devront revoir leurs engagements en matière d’émissions de CO2 pour maintenir le réchauffement en dessous de 2°C. 

La COP23, qui s’est déroulée à Bonn (Allemagne) du 6 au 17 novembre dernier, "a acté que l’Accord de Paris n’est plus en risque", constate Laurence Tubiana. Aujourd’hui, seuls les États-Unis n’ont pas ratifié l’Accord. Résolument optimiste, la négociatrice française juge qu’il n’y a pas "d’effet Trump" et que les négociateurs américains ont été "constructifs" et "courageux". Ceci laisse penser que, "une fois le moment venu, la réintégration des États-Unis dans l’Accord de Paris ne posera aucun problème".

Aligner les secteurs carbo-intensifs

"Au One Planet Summit, il ne s’agira pas de défendre l’Accord de Paris mais de le mettre en mouvement et de le faire entrer dans l’économie réelle", juge Laurence Tubiana. Selon la diplomate, c’est le seul moyen de convaincre les pays de revoir leur contribution climat d’ici 2020. Un objectif d’autant plus envisageable que "Les initiatives de la société civile à Paris (en 2015, ndlr) se sont structurées et se sont consolidées". Une coresponsabilité a fait jour entre les gouvernements et les acteurs non étatiques sur la protection du climat. "Tout le monde devient comptable de l’Accord de Paris", assure-t-elle.

Mais encore faudra-t-il que certains secteurs, qui "sont passés sous le radar des engagements climatiques", commencent à rendre des comptes. Laurence Tubiana cite l’aéronautique, le maritime, la chimie, l’aciérie, la cimenterie, l’agriculture, le commerce… Autant de secteurs carbo-intensifs qui ont pris peu ou pas d’engagements sur leurs émissions et qui "seront obligés de revoir leurs copies en mettant en application les recommandations de la TCFD (Task Force on Climate Disclosure)", juge-t-elle. La TCFD est un groupe de travail mis en place par le Conseil de stabilité financière du G20 pour proposer aux entreprises des lignes directrices de reporting sur le climat.

Pour les mobiliser, il faudra compter sur des domaines moteurs comme l’énergie et la finance. "Les marchés financiers vont commencer à pénaliser les activités très émettrices", confirme Laurence Tubiana. Elle se réjouit aussi de voir les banques de développement, s’aligner sur la trajectoire d’un réchauffement à 2°C, y compris la Banque interaméricaine de développement (BID) et la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (AIIB).

À la recherche d’un leader

C’est en effet le secteur financier qui rendra possible cette accélération de la décarbonation de l’économie, à en croire l’injonction du secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, lancée pendant la COP23 : "Le monde doit adopter une règle simple : Si les grands projets d'infrastructure ne sont pas verts, ils ne devraient pas recevoir de feu vert".

L’One Planet Summit sera aussi le moment de préciser à qui revient le leadership du combat climatique, sujet quelque peu en déshérence sans un Barack Obama volontariste à la tête des États-Unis et avec une Chine qui voit ses émissions de CO2 repartir à la hausse. "Il y a une vraie recherche de leader. La France a un plan climat honnête qui pourrait servir d’exemple, mais d’autres pays sont bien placés, comme la Suède ou le Royaume-Uni qui est parvenu à sortir du charbon", analyse Laurence Tubiana. 

Ludovic Dupin, @LudovicDupin

(1) Les grands rendez-vous climatiques d’ici 2020 : le Global Action Summit de San Francisco en septembre 2018, la COP24 en Pologne en décembre 2018, le sommet climatique des Nations unies à New-York en septembre 2019, la COP25 au Brésil en décembre 2019, la COP26 au Canada ou en Italie en décembre 2020.


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