Publié le 24 novembre 2017

ISR / RSE

[Décryptage] Les risques financiers qui pèsent sur le pétrole et le gaz s’étendent aux indices boursiers

Le gouvernement norvégien va devoir décider s’il exclut de son fonds souverain l’investissement dans les grandes compagnies pétrolières. Cela suppose aussi de modifier les indices boursiers qui lui serve à mesurer sa performance financière. Un signal adressé au monde de la finance qui mesure ses performances à l’aune de thermomètres qui réchauffent la planète !

Plateforme Mariner A de Statoil, dont le pétrolier norvégien détient plus de 70 % du capital.
Statoil

Quand la banque du fonds norvégien alerte sur les risques financiers que court le fonds souverain en étant actionnaire de grandes compagnies pétrolières et gazières, elle "recommande que le pétrole et le gaz soient exclus de l’indice qui fait référence pour la gestion du fonds". Un message fort qui met en lumière le rôle des indices boursiers très carbonés dans une finance alignée globalement sur une trajectoire à plus de 4 degrés de réchauffement climatique.

Le gestionnaire du fonds norvégien, l’un des plus gros actionnaires du monde avec plus de 800 milliards d’euros d’encours, a envoyé deux bombes à fragmentation sur les marchés financiers le 16 novembre. La première concerne l’alerte lancée sur le risque économique auquel est exposé le fonds en achetant des actions de grandes compagnies cotées pétrolières et gazières alors que sa richesse provient elle aussi de l’exploitation de ces énergies fossiles.

La seconde est passée plus inaperçue. Pourtant la banque norvégienne précise qu’il faudrait désormais adopter, pour l’évaluation de sa performance financière, des indices qui excluent le pétrole et le gaz.

Mesurer la performance autrement

Ces grandes compagnies pétrolières sont parmi les plus grosses capitalisations boursières mondiales : Exxon figure dans les dix premières valeurs du S&P 500 et c’est la seule industrielle au milieu d’Apple, Google ou autres JP Morgan. Total est un des poids lourds du CAC 40 (près de 8 % de l’indice, en seconde position derrière LVMH).

La banque norvégienne, qui peut s’enorgueillir de performances financières exceptionnelles, donne le "La" à beaucoup d’autres investisseurs dans le monde. Aujourd’hui, cet acteur majeur de la gestion mondiale incite les acteurs financiers à trouver d’autres moyens de mesurer leur performance que ces étalons alignés sur une trajectoire de réchauffement climatique supérieure à 4 degrés.

Ce message est conforme aux résultats de l’étude menée en juillet 2017 par Mirova, société de gestion spécialisée sur la finance durable du groupe Natixis. Elle montrait que tous les grands indices boursiers de référence essentiellement à cause du poids des entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre sont alignés sur des trajectoires de réchauffement climatique insoutenables pour la planète.

Des thermomètres qui réchauffent la planète

"L’indice phare de la place de Paris, le fameux CAC 40, est l’un des plus carbonés au monde !", explique Hervé Guez, directeur de la recherche et de la gestion actions & taux de Mirova. "Notre méthodologie innovante s’appuie sur des données qui prennent en compte non seulement les émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre mais aussi les émissions "évitées" qui valorisent le développement de solutions bas carbone."

La banque norvégienne vient d’appuyer cette démonstration en expliquant qu’il faut limiter l’utilisation de ces thermomètres qui réchauffent la planète. Or ils sont utilisés par tout le secteur financier. Ils servent à mesurer la performance financière et à investir massivement puisque la gestion indicielle est en croissance constante.

Enfin pour les citoyens, ces indices sont aussi le nom de code de la météo de la bourse dans les médias. Or pour tenir l’objectif des 2 degrés de réchauffement que prévoit l’Accord de Paris ne faudrait-il pas imaginer de nouveaux messages type : "Aujourd’hui le CAC 40 et le Dow Jones ont perdu 10% et c’est une bonne nouvelle puisque les indices Cap2degrés ont eux augmenté de 15 % !". Chiche !

Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice générale de Novethic, @AC_HT_ 


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