Publié le 31 janvier 2018

ISR / RSE

[Décryptage] Combien de signaux forts pour bouter le scénario "business as usual" hors des entreprises

Janvier 2018 s’achève, ponctué par des messages forts qui vont tous dans le même sens : les modèles économiques actuels sont en risque et il faut changer de cap pour qu’ils deviennent durables.

Lors du sommet de Davos, Donald Trump a été le chantre du "business as usual".
AFP

Le 16 janvier, la lettre envoyée aux entreprises par Larry Fink, le dirigeant de BlackRock, fait le tour de la planète. Diffusée largement, la phrase suivante  y est soulignée : "Pour prospérer au fil du temps, toute entreprise doit non seulement produire des résultats financiers, mais également montrer comment elle apporte une contribution positive à la société". Quand une société de gestion d’actifs qui pèse 6 000 milliards d’euros, actionnaire de référence des plus grandes entreprises mondiales, fait une déclaration de ce type elle prépare le terrain pour une révolution de la notion de performance économique.

Le 17 janvier, le rapport annuel de Davos sur les risques souligne une fois de plus que les menaces qui pèsent sur l’économie mondiale pour les 10 prochaines années sont d’abord environnementales et sociales. On peut mettre en exergue dans les différentes déclarations qui ont été faites à la tribune celles d’Anand Mahindra, le président du groupe indien Mahindra : "Le succès des affaires repose aujourd’hui sur une trajectoire bas carbone. Dans mon groupe nous sommes convaincus que le développement durable est une opportunité économique qui permet d’offrir des métiers qui ont du sens aux jeunes d’aujourd’hui".

Un rapport européen sur la finance durable

Le 31 janvier, le groupe d’experts européen sur la finance durable (HLEG) auquel j’ai l’honneur de participer, publie ses recommandations. Elles doivent servir de base au plan d’action qui sera dévoilé par la Commission Européenne d’ici mi-mars. Elles couvrent un large champ d’action qui concerne non seulement le développement de la finance verte mais aussi la transformation plus globale du secteur financier. Comme le précise la conclusion du rapport : "L’aboutissement ultime du travail mené par le HLEG, au-delà de la mise en œuvre de ses recommandations, sera de faire de la finance durable le cadre de référence pour les marchés européens et ceux qui en définissent les règles".

Or pendant ce temps-là, les marchés financiers continuent leur course folle, persuadés que le ciel est la limite des profits accumulés. La valeur des indices bousiers explose même s’ils restent globalement alignés sur une trajectoire dangereuse de réchauffement climatique de 4°C.

10 ans après la crise financière qui a ébranlé le monde, on peut parier que s'ils continuent à être sourds aux messages envoyés par Blackrock, le Forum de Davos et l’Europe, les marchés financiers pourraient à nouveau payer au prix fort leur décorrélation de l'économie réelle. Et quand ils boivent la tasse, c’est toute l’économie mondiale qui sombre !

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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