Publié le 15 novembre 2017

ENVIRONNEMENT

[Ces start-ups qui changent le monde] Batiphoenix : le tinder des déchets du BTP

Elles sont jeunes et elles veulent changer le monde. Chaque jour, de nouvelles start-ups voient le jour en espérant améliorer notre façon de produire ou de consommer, en traçant mieux les matières premières utilisées, en misant sur l’écoconception ou l’innovation sociale. Chaque semaine, Novethic a décidé d’aller à la rencontre de l’une d’entre elles. Aujourd’hui, nous vous présentons Batiphoenix, une toute nouvelle plateforme de vente qui met en relation constructeurs et artisans pour éviter que les surplus et les déchets du BTP ne partent à la benne. Ses cofondatrices ont reçu la semaine dernière le prix de l’entrepreneure responsable décerné par le réseau PWN Paris.

Batiphoenix met en relation les constructeurs et les artisans du bâtiments pour éviter que les surplus ou déchets ne partent à la benne. Sa première transaction: du polystyrène expansé.
Batiphoenix

Avec près de 240 millions de tonnes de déchets par an, le BTP est le premier producteur de déchets en France. C’est en partant de ce constat que Lucile Hamon et Késia Vasconcelos ont créé leur plateforme digitale B2B (business to business) dédiée aux matériaux de la déconstruction ou de surplus.

L’idée a germé il y a deux ans, lors de leur rencontre au sein du Master entreprenariat d’HEC qu’elles suivaient toutes les deux. L’une venait du bâtiment, l’autre du commerce et venait de faire un tour du monde sur les déchets. Leur passion commune pour l’économie circulaire les rapproché puis leurs valeurs et leur complémentarité les a poussé à envisager un projet professionnel commun. Quelques mois plus tard elles fondaient Batiphoenix (1).

Constructeurs cherchent artisans pour matériaux réutilisables

Le principe est simple : la plateforme en ligne permet de mettre en relation des grands groupes ou des PME du bâtiment qui détiendrait des matériaux en surplus (qui représentent entre 5 et 10% d’un chantier) ou des déchets valorisables issus de la déconstruction avec des artisans. Le tout avec des fonctions de géolocalisation et des garanties (par exemple, des expertises et un contrat de prévente permettant de prémunir l’acheteur contre des fausses déclarations du vendeur par exemple ou des problèmes liés à une éventuelle dangerosité des matériaux). Surtout la plateforme permet d’effectuer des transactions en direct, ce qui n’est pas le cas sur les autres plateformes existantes.

Le bénéfice est multiple. Il est à la fois financier : au lieu de mettre à la benne ces matériaux, ce qui représente un certain coût (50€ la tonne auquel il faut ajouter le transport et le traitement), le vendeur peut les vendre. Le prix est cassé : sur le modèle d’un dépôt vente, il est dégradé de 70 à 90%, ce qui permet aux artisans acheteurs de faire des économies substantielles sur leurs matériaux.

Le bénéfice est aussi environnemental. 80% de l’impact environnemental des matériaux du BTP sont générés lors de leur production. En remettant ces matériaux dans le circuit de la construction, dans une optique d'économie circulaire, le réemploi permet donc une économie de matière, d’énergie et d’émission de GES. Et évite l’enfouissement pur et simple de matériaux pourtant en bon, voire en excellent état.

26 000 transactions dans 3 ans

La start-up a semble-t-il tapé dans le mille. Dès la première offre de réemploi proposée par Batiphoenix, le bouche à oreille a opéré avec une rapidité et une ampleur qui a surpris les fondatrices.

"Dès juillet, nous avons reçu de nombreux appels d’artisans et de constructeurs intéressés. Nous avons donc accéléré les choses et nous avons réalisé notre première transaction en septembre. D’ici décembre nous espérons en faire deux par semaines puis 26 000 par an d’ici trois ans", explique Lucile Hamon, l’une des deux co-fondatrices.

Le marché est porteur. La loi de transition énergétique fixe un objectif de valorisation des 70% des déchets du BTP. L’effort à fournir est important. Aujourd’hui seuls 35% de ces déchets sont valorisés du fait de difficultés réglementaires et techniques mais aussi du fait du manque d’outils pour faciliter l’identification des matériaux disponibles et les acteurs qu’ils pourraient intéresser.

Un développement rapide dans les prochains mois

Pourtant si en France la filière du réemploi n’en est qu’à ses prémices, elle se développe très bien dans d’autres pays comme la Belgique, en Australie ou aux États-Unis.

Aujourd’hui, la toute jeune pousse n’en est elle aussi qu’à ses débuts. Incubée à Station F - le plus grand campus de start-ups du monde - Batiphoenix a déjà conquis des jurys, dont celui de l’Entrepreneure responsable (dont Novethic est partenaire) décerné par le réseau féminin PWN Paris et suscite l’intérêt de grands groupes de la construction.

Parmi les prochaines étapes: une levée de fonds de capital amorçage (environ 200 000 €) pour se développer en dehors de l’Ile de France, recruter de nouveaux collaborateurs (notamment des commerciaux) et développer de nouvelles fonctionnalités sur la plateforme.

 

Béatrice Héraud @beatriceheraud

 

(1) Le site de batiphoenix est accessible ici 

 

 


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