Publié le 26 août 2013

ENVIRONNEMENT

La Chine expérimente le marché carbone

Alors que le marché carbone européen connait des difficultés, la Chine a lancé en juin dernier un «marché pilote» dans la ville de Shenzhen, au sud du pays. Six autres devraient bientôt suivre, avant la mise en place d'un marché national d'ici quelques années.

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Alors que le prix de la tonne de CO2 a atteint des niveaux historiquement bas sur le marché européen , la Chine a lancé en juin son premier marché carbone dans la ville de Shenzhen (10 millions d'habitants). Ce «marché pilote» concerne pour l'instant 635 entreprises ayant émis 31,7 millions de tonnes de CO2 en 2010, soit 38 % des émissions totales de la ville. Neuf secteurs sont concernés, y compris la métallurgie, la pétrochimie, le textile et la production d'électricité. D'ici la fin de l'année - les dates n'ont pas été précisées -, quatre autres mégapoles (Pékin, Shanghai, Tianjin, Chongqing) et deux provinces (Guangdong et Hubei) devraient suivre. Ces marchés fonctionneront selon un modèle relativement similaire au système européen, sauf qu'ils couvriront en plus les émissions de CO2 indirectes liées à la consommation d'électricité. Par ailleurs, chacun des sept marchés pilotes aura ses propres spécificités : par exemple, seul celui de Shanghai inclura le secteur aérien. Le tout devrait couvrir entre 800 millions et un milliard de tonnes d'émissions. Dans une deuxième phase, ces sept projets devraient être inclus dans un marché national.

Les mécanismes de marché privilégiés pour réduire l'intensité énergétique

La mise en place de marchés carbone reflète l'orientation prise par le gouvernement chinois depuis le 11e plan quinquennal (2006-2010) et renforcé par le 12e (2011-2015) : un plus grand recours aux mécanismes de marché. Ceux-ci sont présentés comme un outil important pour atteindre l'objectif de réduction de 40 % à 45 % de l'intensité énergétique en 2020 par rapport au niveau de 2005.

Selon Wang Tao, expert sur les questions de climat et d'énergie au centre Carnegie de l'université Tsinghua (Pékin), «les sept marchés pilotes sont destinés à expérimenter des modèles légèrement différents de marchés carbone, mais aussi leur efficacité dans des zones dont les situations économiques sont très variées. L'enseignement qui en sera tiré sera très utile à la mise en place d'un marché national».

Cependant, de nombreuses questions demeurent quant aux chances de succès de l'expérience. D'abord, «les marchés chinois ont été mis en place très rapidement. Il y a donc beaucoup d'aspects qui ne sont pas encore actés ou dont les modalités précises n'ont pas été publiées», relève Anaïs Delbosc, de CDC Climat, filiale de la CDC qui a régulièrement reçu des délégations chinoises pour les accompagner dans la mise en place des marchés carbone. D'autre part, la chercheuse souligne le manque d'expérience de la Chine dans le maniement des mécanismes de marché. «Nous craignons que le dispositif ne soit pas bien compris. Les entreprises risquent de le considérer comme un système administratif de limitation plutôt que comme un système d'échange. Dans ce cas, il est probable que peu d'échanges de quotas aient lieu, ce qui limiterait l'efficacité du système».

La question de la fiabilité des informations

Autre obstacle de taille, la comptabilisation des émissions. «La fiabilité des données est sujette à caution, en particulier celles qui proviennent des gouvernements locaux car ceux-ci n'ont pas la capacité de faire des relevés précis. La plupart du temps, on ne dispose que d'estimations grossières, rapelle Wang Tao. De plus, il est souvent difficile d'obtenir des données de la part des entreprises d'Etat car selon elles ce sont des informations «sensibles».
Pour autant, selon le chercheur, la Chine ne serait pas dépourvue d'avantages. Ainsi, les difficiles tractations qui ont finalement abouti début juillet à un gel des quotas de CO2 sur le marché européen n'auraient pas lieu d'être en Chine. «Notre avantage est d'avoir un Etat fort : il peut intervenir efficacement et rapidement pour réguler le marché». Mais le système politique chinois présente aussi des faiblesses, et notamment une corruption généralisée qui pourrait nuire au bon fonctionnement du marché carbone...

Gaël Bernard à Pékin
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