Publié le 26 octobre 2005

ENVIRONNEMENT

Comment diminuer la concentration de méthane dans l'atmosphère ?

La concentration de méthane dans l'atmosphère, puissant gaz à effet de serre (GES), atteint aujourd'hui son plus haut niveau depuis 400 000 ans. Les sources d'émissions étant liées à la démographie et le taux de concentration préoccupant, toutes les solutions sont recherchées pour limiter les émissions de méthane.

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Depuis 2000 ans, la concentration de méthane dans l'atmosphère varie sous l'influence des activités humaines. Ce constat est la principale conclusion de l'étude, menée par l'équipe du professeur Dominic Ferreti, publiée dans « Nature » en septembre 2005. Les impacts de nos activités sur les émissions de méthane et sa concentration dans l'atmosphère se font sentir depuis 1750. Mais en 250 ans, cette concentration a été multipliée par 2,5 pour se stabiliser à 1751 ppm, en 2002, contre 700 ppm en 1750. Cette explosion présente, potentiellement, un important risque environnemental. Avec un pouvoir de réchauffement global 21 fois supérieur à celui du CO2, le méthane est le deuxième facteur du réchauffement climatique après le CO2 et compte pour 15% du réchauffement global selon l'EPA, l'agence de protection de l'environnement américaine.

Des émissions liées à la démographie

Les sources primaires d'émissions de GES d'origine humaine sont nombreuses. Par ordre d'importance, on compte la riziculture, l'élevage de ruminants, les termites, les décharges d'ordures ménagères, les mines de charbon et l'extraction de gaz et de pétrole. Selon le FAO, organisation des Nations Unies, l'agriculture est responsable d'environ 40% des émissions totales. L'importance de ce secteur est essentiellement due à la production de riz, qui a connue un doublement des surfaces exploitées depuis 1950. Les conditions de développement de la plante, associées à l'inondation des rizières conduisent à la formation d'environ 120g de méthane par kilo produit. A ceci s'ajoute l'augmentation des cheptels de ruminants élevés dans le monde. Certains experts estiment que les émissions de méthane provenant de la digestion du bétail ont été quadruplées au cours du siècle dernier. Alors que l'accroissement des rejets provenant des termites est du à l'augmentation de leur population, à cause de la déforestation des forêts tropicales, celles des décharges est le résultat de la croissance démographique et de l'évolution des habitudes de consommations dans les pays occidentaux. L'EPA estime ainsi que 33% des émissions américaines de méthane d'origine humaine proviennent des décharges, alors que les mines de charbons et l'industrie pétrolière ne comptent respectivement que pour 10% et 23% du total.

Des solutions de limitation variées

Devant ce constat alarmant, la réduction de la concentration de méthane dans l'atmosphère est devenue une priorité de nombreux Etats. Malgré leur opposition au protocole de Kyoto, les États Unis ont notamment développé un programme de réduction de leurs émissions de méthane. Basé sur des initiatives volontaires avec des industriels, ce programme cible certaines des principales sources d'émission du pays. L'un des programmes se concentre sur la récupération et la transformation en énergie du méthane rejeté par les mines de charbon. Il a permis de réduire d'environ 35% les rejets dans l'atmosphère des mines américaines, entre 1990 et 2002. Un autre programme cible les décharges municipales. 380 sites participent déjà au programme qui produisent environ 22 millions de m3 de méthane par jour. Grâce à cela, les émissions de méthane des USA, en 2001, étaient 5% inférieures à celles de 1990. Outre ce type de programme étatique, la pression des ONG sur l'industrie pétrolière a permis d'obtenir une baisse significative du torchage (un procédé qui consiste à brûler le gaz naturel associé au pétrole lors de son extraction) qui a pour conséquence de rejeter des volumes significatifs de méthane dans l'atmosphère. Si les compagnies pétrolières tiennent leurs engagements, le torchage devrait avoir disparu du Nigeria en 2008. Ce pays reste actuellement le principal émetteur de GES issus de ce procédé, alors que la pratique du torchage est interdite depuis 1994.

Ces différentes initiatives industrielles seront insuffisantes pour diminuer les émissions de méthane si elles ne sont pas accompagnées de mesures de limitation des émissions agricoles. La riziculture possède notamment un fort potentiel de diminution de ses impacts. Le volume des émissions de méthane peut ainsi varier de 500% selon les variétés de riz alors qu'une modification des pratiques de fertilisation peut permettre à la fois une hausse de rendement de l'ordre de 30% et une baisse des émissions de 35%. L'un des principaux obstacles à la diminution des émissions de la riziculture réside toutefois dans la difficulté de sensibiliser et d'éduquer des paysans qui les cultivent.

Malgré les efforts entrepris, la forte corrélation entre l'augmentation de la population mondiale et celle des émissions de méthane accroît la difficulté. Ils ont toutefois permis une très forte diminution du taux de croissance de sa concentration dans l'atmosphère. Cette relative bonne nouvelle cache cependant un risque majeur d'augmentation de la teneur même de méthane dans l'atmosphère. Le réchauffement planétaire pourrait être la source de la libération du méthane contenu dans les sols gelés en permanence et au fond des océans.


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