Publié le 08 février 2018

ISR / RSE

"Les acteurs financiers sont en quête de crédibilité", Daniel Lebègue (ORSE)

Le président de l’ORSE, Daniel Lebègue, va quitter ses fonctions en juin 2018 après plus de 10 ans de mandat. C'est ce qu'a annoncé l'Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises le 24 janvier. Il sera remplacé par Hélène Valade, directrice du développement durable de Suez. À cette occasion, cet expert avisé de l’économie responsable livre à Novethic son regard sur l’évolution de la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) ces 15 dernières années et les perspectives pour les suivantes.

Daniel Lebègue quittera la présidence de l'ORSE le 5 juin 2018. Il sera remplacé par Hélène Valade, directrice du développement durable de Suez.
Georges Gobet / AFP

Vous avez passé plus de 10 ans à la présidence de l’ORSE (observatoire de la RSE). Quel regard portez-vous sur l’évolution de la RSE sur cette période ?

La création de l’ORSE, en 2000, s’est faite au moment de l’émergence de trois dynamiques. Celles de la transparence, de la gouvernance et de la responsabilité des entreprises. En 15 ans, ces sujets ont pris une ampleur impressionnante, que ce soit au niveau français, européen mais aussi international.

J’en veux pour preuve deux événements d’actualité. D’abord, le discours d’Emmanuel Macron au Forum Economique mondial de Davos autour du bien commun. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’un chef d’État place au cœur de sa vision internationale la défense de l’intérêt général. Ensuite, la lettre du patron de BlackRock, le numéro 1 mondial de la gestion d’actifs qui demande à toutes ses entreprises de prendre en compte le bien commun et le long terme.

Bien sûr, au quotidien, nous avons l’impression - réelle - que les choses vont trop lentement et que nous sommes loin des objectifs, notamment en matière climatique. Mais en prenant de la distance, on ne peut que constater que la dynamique en cours est impressionnante.

Comment expliquez-vous ce mouvement ?

Selon moi, 2015, avec la tenue de la COP21 à Paris, a été une année charnière et même de bascule pour le monde de l’entreprise et de la finance. Pour beaucoup, cela a été l’année de la prise de conscience. C’est aussi la première fois qu’il y a eu une reconnaissance du rôle clé du secteur privé dans la transition énergétique et écologique et, en retour, une mobilisation massive de celui-ci avec des engagements réels.

C’est particulièrement vrai pour le secteur financier, dans toutes ses composantes : assureurs, capital investissement, banques, commissaires aux comptes, etc. Il a pris conscience de la matérialité des risques climatiques. Mais qu’il y a aussi vu les opportunités potentielles en termes d’innovation et de crédit auprès de la population.

Il y a 10 ans, le secteur financier a vécu un choc de confiance terrible avec la crise des subprimes, qui a éclaboussé tout le secteur. Les acteurs financiers sont donc en quête de crédibilité auprès de leurs clients et, plus largement, de la société. La lutte contre le changement climatique est, dans cette optique, une manière de retrouver de la légitimité et du capital confiance.  C’est une opportunité historique à saisir.

Quels sont pour vous les chantiers majeurs qui restent à mener ?

Si l’on reste sur le secteur financier, il reste encore beaucoup à faire. Mais deux chantiers sont prioritaires.

Le premier est la fabrication et la promotion de produits d’épargne verts. Certes, il y a des fonds verts labellisés, les livrets DD mais, vu du côté des épargnants, l’offre reste très pauvre.  Alors qu’il est nécessaire d’associer les particuliers de façon concrète à la gigantesque collecte d’épargne nécessaire à la transition énergétique, il faut aujourd’hui être vraiment militant pour aller chercher des produits verts auprès de sa banque, son assurance… Le gouvernement français, Paris Europlace et l’Europe travaillent à développer ce genre de produits et à les rendre plus visibles. Nous verrons ce que cela donnera.

Le second chantier porte sur la prise en compte de la RSE et particulièrement de l’enjeu climatique dans la gouvernance et le dialogue social. Aujourd’hui, seule une grande entreprise sur cinq a identifié la RSE comme un sujet stratégique au niveau de ses conseils de gouvernance. C’est bien trop peu. Quand je regarde la composition des conseils, je trouve que l’on ne fait pas encore toute la place qu’il faudrait aux différentes parties prenantes. Les salariés d’abord, mais aussi les clients, les fournisseurs, les collectivités locales et même le monde associatif. La RSE devrait aussi être davantage au cœur du dialogue avec les IRP (Instances de représentation du personnel) et les parties prenantes.  

Propos recueillis par Béatrice Héraud @beatriceheraud


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