Publié le 02 février 2017

ÉNERGIE

EDF : l’avenir du nucléaire en suspens

Un coût "sous-évalué", une faisabilité technique non "assurée"... C’est un rapport parlementaire sans concession sur le démantèlement des installations nucléaires qui a été rendu public hier. Il met en cause les prévisions d’EDF dans la gestion de son parc atomique. Il appelle surtout l’État à prendre ses responsabilités et à trancher clairement l’avenir du nucléaire. 

Pour Julien Aubert, président de la mission d’information parlementaire, la France "n’a pas de stratégie de démantèlement".
AFP

EDF semble "s’affranchir de la loi sur la transition énergétique", estime Barbara Romagnan. La députée socialiste (PS) présentait hier le rapport de la Commission de développement durable sur la faisabilité technique et financière du démantèlement des installations nucléaires. 

Un rapport d’une centaine de pages, sévère, sur les prévisions d’EDF en matière de démantèlement : le coût du financement est "sous-évalué" et la faisabilité technique n’est pas "assurée"

 

Allongement vs démantèlement ?

 

Des conclusions qui remettent en cause la capacité d’EDF à se plier aux objectifs de la loi sur la transition énergétique : réduire de 75% à 50% la part du nucléaire dans la production électrique française à l’horizon 2025.

Une question également de volonté. Selon le rapport, EDF parie sur "un allongement de la durée de vie des installations à 50 voire à 60 ans", sans l’aval de l’État, actionnaire du groupe à 80%, ni de l’Autorité de sûreté nucléaire. Un projet qui coûterait 74 milliards d’euros selon la Cour des comptes, soit autant que le coût global du démantèlement estimé par EDF. 

 

L’assainissement des terres mis de côté 

 

D’autres signes laissent également penser qu’EDF souhaiterait "conserver une vocation industrielle" aux sites sur lesquels ses centrales sont aujourd’hui implantées. Le coût final du démantèlement calculé par l’énergéticien ne prend pas en compte l’assainissement des terres, le "retour à l’herbe". "Nous allons l’intégrer dans l’exercice 2016", se défend EDF, contacté par Novethic. 

De même, "la transition énergétique implique une baisse du nombre de réacteurs nucléaires. Or EDF table sur une mutualisation perpétuelle des coûts, explique Barbara Romagnan. Cela sous-entend un réacteur en fonctionnement ou en construction parallèlement à un réacteur en cours de démantèlement. C’est audacieux de la part d’EDF d’émettre l’hypothèse de nouvelles constructions." "On ne compte plus sur la mutualisation", assure EDF, qui dit avoir actualisé ses prévisions. Mme Romagnan se base sur une étude de 2009."

 

L’État doit trancher

 

Le président de la mission d’information, Julien Aubert (LR), pointe lui la responsabilité des pouvoirs publics : "Notre pays n’a pas de stratégie de démantèlement. La première question à se poser est : quel avenir pour le parc nucléaire ? Ce n’est pas la même chose de se diriger vers une mutation du parc nucléaire ou d’aller vers une liquidation. On ne gère pas de la même manière la fin d’une activité dans ces deux cas." 

Les député.e.s appellent l’État à trancher la question. "On ne peut pas demander à l’opérateur de le faire à notre place", souligne Julien Aubert. "Il est de la responsabilité des autorités publiques de prévoir l’héritage qu’elles laissent aux générations futures", renchérit la députée Catherine Beaubatie (PS).

Marina Fabre
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